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Posté le 17 juin 2009 dans Tendance

Le Lausanne-Palace… anticyclique

Le Lausanne-Palace… anticyclique

Lausanne-Palace & Spa, 2008-2009
Un palace anticyclique
Transformer pour amortir la crise de l’hôtellerie de luxe : tel est le pari de Jean-Jacques Gauer à la tête du Lausanne Palace & Spa, qui a connu une année 2008 «fantastique».
Par Pierre Thomas
En 2007, le chiffre d’affaires du cinq étoiles du centre de Lausanne avait flirté avec les 40 millions de francs (39,7 mios). En 2008, il a bondi de près de 10 millions, à 48,8 millions de francs. Sur quatre ans, le chiffre d’affaires s’est apprécié de 15 millions.
En présentant ces comptes exceptionnels, le directeur général Jean-Jacques Gauer n’en revenait pas, début juin 2009. «C’est un record fantastique et inexplicable. On ne sait pas à quoi il est dû et plusieurs palaces ont fait de même, comme le Beau-Rivage ou le Montreux-Palace. Il y a eu une demande générale de consommation plus forte dans tous les secteurs.» Par contre, le taux d’occupation des chambres n’a guère évolué : il était de 66% en 2002 et frise les 70% en 2008, légèrement inférieur à 2007. Le revenu moyen par chambre s’est, lui, apprécié : depuis 2002, il se situait en moyenne autour de 350 francs et il a passé la barre des 400 francs (432) en 2008. Toutefois, les clients ne passent guère plus de deux jours en moyenne à Lausanne. «Les séjours sont plus courts et plus fréquents», commente le directeur général.
«2009, une année à soucis»
Plus dure sera la chute : 2009 devrait être «une année à soucis». Les trois premiers mois ont été difficiles, avec une baisse du chiffre d’affaires de 15%. Avril fut «catastrophique», avec un week-end de Pâques mal placé dans le calendrier. «Mai et juin se situent au niveau de 2008. Mais je n’ai aucune estimation pour juillet et août», du jamais vu, explique Jean-Jacques Gauer. Les banquets, séminaires et l’hébergement ont fléchi de 15% en moyenne.
Avec des entreprises prêtes à négocier les prix et un taux hypothécaire bas, «c’est le moment de faire des travaux, d’investir pour être prêts quand la reprise s’annoncera», avance le patron du palace lausannois. «Vous n’allez plus reconnaître l’entrée, le lobby !», lance-t-il. Entre juin et octobre, près de 4 millions de francs vont être injectés dans ce redéploiement, avec la création d’un bar et de fumoirs, pour parer à l’entrée en vigueur des normes anti-tabac.
Un restaurant «anti-Pic»
Et puis, le chef Bovier aura droit à une «Table d’Edgard» renouvelée. Pour une capacité de 60 couverts, un mur sera abattu, permettant aux «tables d’hôtes» de voir derrière une grande vitre la cuisine et son animation. Le Lausanne-Palace & Spa joue la transparence, pour répliquer à son alter ego d’Ouchy, le Beau-Rivage, et sa cheffe triple étoilée, Anne-Sophie Pic. La «showkitchen» a été confiée à un fournisseur français, le bureau EDHR (pour «Equipements, conceptions, hôtellerie, restauration» et son éloquent site Internet www.echr.fr), qui œuvre pour Alain Ducasse (Louis XV à Monte-Carlo, Piazza Athénée et Le Jules Verne à Paris) mais aussi pour l’Eden Roc au Cap d’Antibes ou le Dorchester à Londres. Un bijou bien visible à deux millions de francs non pas «pour une cathédrale gastronomique», mais pour un resto «convivial, sympathique, pas compliqué, à prix étudiés». Pour réaménager le restaurant, celui-ci sera fermé de juin à fin octobre.
De la suite dans les idées
L’équipement hôtelier va, lui aussi, être modernisé. Jean-Jacques Gauer annonce des chambres témoin, puis une réfection de 120 chambres sur trois ans et l’aménagement d’une «suite présidentielle» de 300 mètres carrés, avec vue panoramique sur le Léman.
L’an passé, la surface du Spa a été portée à 2300 mètres carrés et supporte la comparaison avec les installations du Beau-Rivage Palace (encore !) et du Montreux-Palace. Ce centre de bien-être est même le seul secteur qui ne connaît pas la crise : «Les gens se font du bien sur place».
A noter encore qu’avec le Château d’Ouchy, classé quatre étoiles luxe et désormais membre des «Small Luxury Hotels of the World», et le restaurant La Grappa, le palace lausannois et ses satellites emploient quelque 260 personnes. L’hôtel seul verse 21 millions de francs de salaires annuels (42,5% du chiffre d’affaires). Pas question de licenciements ou de chômage partiel, mais les personnes qui partent n’ont pas été remplacées. Car l’hôtel devrait vivre au ralenti cet été, si ce n’est à cause de la crise, du moins par la faute des travaux anticycliques.
Eclairage
Un baromètre mondial

Président depuis bientôt vingt ans de «The Leading Hotels of the World» (poste qu’il va quitter l’an prochain), Jean-Jacques Gauer dispose en permanence d’un baromètre étalonné sur 462 hôtels de la planète. «L’Amérique du Sud et New York ne sont pas victime de la crise qui frappe l’Europe, l’Asie et les Emirats. Depuis septembre 2008 déjà, on y a enregistré une baisse très forte de près de 20% des réservations via nos 24 bureaux de vente. Pour la première fois, sur les cinq dernières semaines, la tendance s’inverse. On a, peut-être, touché le fond…» En Suisse (une trentaine d’hôtels LHW), «on résiste, après un hiver superbe. Les villes affichent 10 à 12% de moins ; Lucerne et Interlaken, qui tablent sur les Japonais, des Américains et les «incentives», souffrent davantage. Lausanne bénéficie d’un fond de caisse, grâce au CIO (qui examine actuellement les candidatures des villes de Chicago, Madrid, Rio de Janeiro et Tokyo pour les JO d’été 2016) et à la vingtaine de fédérations sportives qui y ont leur siège. Le sport ne s’arrête pas avec la crise!», se réjouit Jean-Jacques Gauer.

Paru dans Hôtel Revue, le 18 juin 2009.