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Posté le 11 janvier 2005 dans Vins italiens

Les vins toscans revus et corrigés

Les vins toscans revus et corrigés

Des vins toscans revus et corrigés
Cru «historique», le Vino Nobile de Montepulciano est encore trop peu connu. Ses producteurs sont invités d'honneur à Arvinis à la fin avril.
Par Pierre Thomas
Il y a le chianti, générique ou égréné selon les collines où les vignes poussent entre les cyprès, de Florence, Sienne, Pise ou Arezzo. Puis le cœur de la Toscane, le Chianti Classico, reconnaissable au coq noir perché sur le col des bouteilles. On lui a octroyé le «top» des appellations italiennes, la DOCG (denomination d'origine contrôlée et garantie). Seuls, parmi les rouges toscans, le Carmignano, original assemblage de sangiovese, de canaiolo et de cabernet, et, surtout, le Brunello de Montalcino et le Vino Nobile di Montepulciano y ont aussi droit.
Cités concurrentes
Les deux petites cités, perchées sur leur colline, sont distantes de 25 km. De tout temps, elles se sont fait guerre, puis concurrence. L'une, Montalcino, a toujours été proche de Sienne. L'autre, Montepulciano, fidèle à Florence. Dans l'une et l'autre, le vin a une longue histoire. Sur la place de Montepulciano, le palais Contucci, bâti au glorieux XVIème, abrite une cave depuis toujours. Et la famille affirme cultiver la vigne depuis mille ans… Son descendant, le facétieux Alamanno, est l'inamovible président du Consorzio — l'invité d'honneur d'Arvinis — qui regroupe la majorité des producteurs, soit une trentaine.
Sur les 2300 hectares de vignes de la commune, un peu plus de la moitié est classée en Vino Nobile, 300 en Rosso di Montepulciano, un vin d'entrée de gamme, frais et facile à boire, devenu le «second vin» des domaines, un peu en Vinsanto, un liquoreux obtenu par passerillage, et le reste en chianti des collines siennoises ou en Valdichiana, une appellation qui tient compte d'un terroir différent.
Une prise de conscience récente
Réparties autour de la cité, les vignes sont étagées en collines, de 250 à 600 m. d'altitude, d'orientations et de conditions pédologiques et climatiques très diverses. Mais ça n'est que tout récemment — il y a dix ans — que les vignerons locaux ont tiré la leçon (française) de la notion de «terroir». Si le cépage principal, le sangiovese, est dénommé ici «prugnolo gentile», il manquait une sélection de clones adaptés à chaque situation. Cette adéquation sol-cépage fut un travail de pionnier, en Toscane. Elle a abouti, en 2001, à la reconnaissance de trois clones, le «bruscello», le «bravio» et le «griffo».
Ces vingt dernières années, l'histoire s'est accélérée. Après les grands propriétaires terriens est venu le démembrement des latifundia. Les investisseurs, de Rome, de Naples, de Milan, mais aussi d'Allemagne ou de Suisse, sont arrivés. Ils ont remplacé les gestes ancestraux des terriens par la finance et la technique. Ingénieurs agronomes et œnologues dispensent encore leur science dans ces «aziende» et ces «tenute».
Oenologie «new age»
Puis est née une nouvelle génération… Celle des fils et des filles qui sont prêts à payer d'eux-mêmes pour mettre en valeur ce patrimoine. A Valdipiatta, Miriam Caporali, 30 ans tout juste, fait partie de ceux-là. Etudes d'économie terminées, elle a pris les rênes du domaine acheté par son père, Guido. Progressivement, les Capolari ont modernisé l'exploitation de 24 hectares, fondée il y a trente ans. Ils ont creusé une cave dans le tuffe d'une colline, équipé la cave de vinification de cuves thermorégulées, construit un local de stockage.
Les œnologues sont toujours là. Et plutôt deux fois qu'une. Au Siennois Paolo Vagaggini — un nom fétiche dans le Brunello aussi… — s'est ajouté le doyen de la Faculté d'œnologie de Bordeaux, Yves Glories. Trois domaines, Valdipiatta, à Montepulciano, Siro Pacenti, à Montalcino, et le plus vaste Silvio Nardi, ont recours à ses services: le Français assure un suivi des vinifications, pour mieux cerner le potentiel du sangiovese. Ce cépage est sans aucun doute la richesse (et l'originalité) de la Toscane, mais il doit être domestiqué, du cep à l'élevage en fût, pour éviter que son peu de couleur, son acidité mordante et ses tanins assèchants disqualifient les vins.
Ca n'est donc pas un hasard si Valdipiatta, avec son Vino Nobile d'une belle densité et son cru d'une seule parcelle, la Vigna d'Alfiero, recueillent tous les éloges de la critique. Comme le magnifique Brunello de Giancarlo Pacenti, à la puissance impressionnante, ou le confidentiel Manachiara de Silvio Nardi. Des vins qui renouvèlent le style austère et vieillot des meilleurs crus toscans, en les alignant, certes, sur les standards internationaux des vins élevés en barriques, mais avec la personnalité du sangiovese.

Dégustation
Les meilleurs domaines de Montepulciano 2000

Mi-février, à l'occasion de la mise sur le marché du «nouveau millésime», le 2000, qui a passé obligatoirement au moins 12 mois en fût, six en bouteille, le reste en cuve, et des Riserva 1999 (deux ans et demi de fût), nous avons bien noté, à Montepulciano:
Vino Nobile 2000 Valdipiatta (Vini Toscani, Perroy). Couleur soutenue, reflets violacés; beau nez de violette et de fruits mûrs; attaque ramassée, sur le bois, mais avec du fruit; expression pure, belle structure, un peu astringent en finale. Potentiel de garde de 5 à 10 ans. 17 sur 20.
Vino Nobile 2000 Dei (Obrist, Vevey). Robe carmin; nez d'herbes sèches; attaque sur les fruits noirs (cerises); attaque sur l'astringence, mais tanins serrés, encore jeunes; un vin bien fait; potentiel de 4 à 8 ans. 16,5 sur 20.
Vino Nobile 2000 Fattoria del Cerro (distribué en Suisse rommande par Bindella-Testuz, Cully). Belle couleur carmin soutenue; nez de vanille, haute densité à l'attaque, bon soutien acide, bonne structure, encore marquée par le bois, qui va se fondre. Potentiel de garde de 4 à 8 ans. 16 sur 20.
Vino Nobile 2000 Carpineto. Couleur rubis foncé; nez de fût et d'épices orientales; attaque encore astringente, tanins assez durs. 15 sur 20. Moins réussi que le Riserva 99 (Denner), au nez toasté, aux arômes de cuirs, de grillé et de toasté, un peu «vieux style» et de garde moyenne (3 à 5 ans). 16 sur 20.
Vino Nobile 2000 La Calonica. Rubis foncé; nez beurré, vanillé; attaque sur l'astringence, un peu végétal, de l'extraction, mais une finale un peu amère. 15 sur 20. Moins réussi que la Riserva 99, au nez de tabac, à la matière dense et foncée; l'extraction donne des arômes de paille, d'herbe coupée; bonne structure, tanins encore présents; potentiel de 4 à 8 ans. 16 sur 20.

Article paru dans Hôtel + Tourismus Revue, Berne, d'avril 2003