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Posté le 30 octobre 2009 dans Vins suisses

Tessin — Les 2007 en grande forme

Tessin — Les 2007 en grande forme

Il Viso del Vino à Lugano

2007, grand millésime au Tessin

Avec 2000 et 2005, 2007 s’inscrit comme un grand millésime pour le Tessin, surtout pour le merlot. Soixante producteurs l’ont prouvé, début septembre, à Lugano.
Par Pierre Thomas
C’est, désormais, une tradition, qui avait débuté dans un des châteaux de Bellinzone, et a pris le large à Lugano au Palais des Congrès, le premier lundi de septembre. Ticino Wine, à l’enseigne d’Il Viso del Vino, présente le millésime de Riserva arrivé sur le marché. Cette année, le lancement du 2007 marque aussi les dix ans de la DOC (dénomination d’origine contrôlée), qui codifie la Riserva, un vin qui a passé obligatoirement 18 mois en fût de chêne. Certains producteurs préfèrent raccourcir cet élevage, sur 12 mois, en raison des caractéristiques du millésime, par exemple. Une dégustation de 1997 (lire ci-dessous) a montré qu’il y a dix ans, les Tessinois «sauçaient» violemment leur vin au chêne neuf. Les millésimes suivants leur ont appris le sens de la nuance, assure Francesco Tettamanti, l’œnologue à la tête de Ticinowine.

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Pressée des rouges à la fin des vendanges, chez les frères Pelossi, Christian, à g., et Sacha, entourant un ami de toujours, Roberto Carrara.

Le Tessin, cas à part

Le Tessin cultive une particularité : c’est la seule région de Suisse où la récolte de raisins rouges — majoritairement du merlot — est limité à 1 kg au m2, au lieu des 1,2 kg au m2 pour le quota fédéral (appliqué en Valais, et souvent moins, selon les cantons, souverains en matière d’AOC). Cela s’explique par les nombreux «vignerons du dimanche», qui livrent à la coopérative ou à des négoces, et par la culture haute en pergola. Ce plafond, du reste, devrait être modifié, l’an prochain.
Dans les mois qui viennent, on connaîtra aussi le résultat de l’étude des terroirs. Les pionniers vaudois ont utilisé cet instrument pour orienter l’encépagement — des microvinifications sont en cours à Changins, avec du doral, en blanc, et du gamaret, en rouge, et un autre cépage, blanc et rouge, choisi pour chaque région. Les Valaisans s’en servent pour que les communes définissent des périmètres où l’adéquation sol-exposition-cépage est définie. Grâce à une (relative) monoculture, les Tessinois, eux, devraient pouvoir «faire parler le terroir» et l’exprimer à travers le merlot.
Le merlot, une valeur sûre
Ils le font certes déjà. A Lugano, chaque producteur présentait un merlot «de base» 2007, en général épuisé à la vente, hélas, un merlot en barriques (Riserva ou non), un assemblage rouge où le merlot parfois domine et un vin blanc, monocépage ou assemblage, le merlot vinifié en blanc étant réservé aux plus grandes caves. La diversification du vignoble tessinois paraît donc en marche, même si les statistiques confirment la prédominance du merlot, sur 855 hectares, devant… 40 ha de chardonnay et plusieurs cépages qui n’atteignent pas les 20 ha, comme le gamaret, pour 18 ha, la bondola et le sauvignon blanc, chacun 13 ha, les deux cabernets, sauvignon et franc, pour 12 et 10 ha, ou le chasselas, sur moins de 5 ha. Toutefois, 36 ha sont recensés sous «autres cépages rouges».
Selon les statistiques de consommation, les vins tessinois passent par des phases en dents de scie : pour la première fois depuis vingt ans, les stocks de blancs sont descendus à 12 mois en 2007, avec une production de 12’000 hl (multipliée par trois depuis 2002), tandis que les rouges affichent 22 mois, pour une production d’un peu plus de 80’000 hl (qui a retrouvé ses marques des années 1990, après un creux de vague entre 1995 et 2003).
On sait, par ailleurs, que la notoriété du merlot a fait passer le Tessin comme deuxième canton réputé pour ses vins rouges, derrière le Valais et devant Vaud, selon le sondage MIS-Trend.
2007, favorable au Sottoceneri
Et le millésime ? Après une grosse récolte 2008 et dans l’attente d’un 2009 prometteur — malgré les pluies de la mi-septembre —, 2007 s’inscrit dans la ligne des 2005 et de 2000, explique Sacha Pelossi, encaveur sur son propre domaine et œnologue d’Agriloro SA. Le double domaine de Meinrad Perler (La Tenimento dell’Or et La Prella) va, du reste, construire une nouvelle cave — et son Riserva de la Tenimenta dell’Or s’avère remarquable d’équilibre. Le millésime 2007 a souri davantage au Sottoceneri qu’au Sopra.
Les vins de la région de Lugano sont, ainsi, de bonne tenue, comme chez Eric Klausener, aux vins toujours puissants et de garde (tel son Risavier, anagramme de Riserva pour échapper à la législation), ou chez Barbara Von der Crone et Paolo Visini, qui ont, exceptionnellement, vinifié un Vigoria (12 mois de barrique).
Quelques vedettes sous la loupe
Enrico Trapletti, vedette désormais confirmée, pratique toujours le grand écart avec le Culdrée, gardé plus de deux ans en barriques, le Trapletti, à la fois minéral et fruité, et du nebbiolo, qu’il tentera de passeriller cette année, et son Nabumba, à base de nebbiolo et de cabernet franc, mais avec un appoint d’une collection ampélographique (de l’ancelotta à des cépages interspécifiques), un vin puissant et rustique.
Quatuor de merlots classiques à la hauteur de leur réputation: le flatteur Il Querceto, des Terreni alla Maggia, à Ascona, complexe et élégant ; le Lénéo, fumé et puissant des Fratelli Corti, à Balerna ; le Riflessi d’Epoca, cuvée du Mendrisiotto de Guido Brivio, reflet du… millésime, à la fois rond et long en bouche ; et le Sassi Grossi, de Gialdi, d’un beau volume, où tous les éléments (acidité, tanins, alcool) évoluent en équilibre.
Et on attend désormais avec intérêt le merlot des beaux quartiers de Lugano de la Fattoria Moncucchetto. Ce petit domaine de 3,5 ha, vient de faire construire sa cave par Mario Botta, et a engagé, dès le millésime 2009, la jeune œnologue Cristina Monico, qui a rédigé le volet «plante» de l’étude des terroirs.

Dégustation

Les 1997 à l’épreuve du temps

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S’il a été présenté comme un excellent millésime, 1997 fut difficile, avec une grande richesse en sucre, au risque de ne pouvoir tous les faire fermenter, faute de pluie d’août à octobre. Une quarantaine des vins tessinois les plus réputés ont pu être dégustés, dix ans plus tard, la veille de la manifestation luganaise. Tous les vins n’ont pas tiré leur épingle du jeu, loin de là… Mais on retiendra la Riserva Crespera (Tenuta Bally & von Teufenstein), à l’étonnante fraîcheur, le Sassi Grossi (Gialdi) et le Riserva de Klausener (pas encore Risavier…), tous deux encore en pleine forme, et, un cran au-dessous, la Riserva de Tenimento dell’Or (Agriloro), la cuvée Vinattieri (Zanini), l’Oro del Pian Marnino (Tettamanti), le Moncucchetto Riserva, à la trame fine et élégante, le Comano (Tamborini) et le Malcantone, Rosso dei Ronchi (Monti) aux arômes floraux détonnants. D’autres cuvées réputées n’avaient, quant à elles, pas tenu la distance.

Novembre 2009
Le Mondial du Merlot remet ça

Fort de leur succès lors de la première confrontation, l’an passé (24 pays participants, soit 60% d’échantillons étrangers), Isicom SA à Lugano et Vinea, à Sierre, organisent du 13 au 15 novembre 2009 le Mondial du Merlot, avec l’objectif de 30% de participation de plus. Les dégustations se tiendront au palace luganais Villa Principe Leopoldo Hôtel & Spa.
Deux catégories font leur apparition, en plus des merlots (85% du cépage au moins) et des millésimes anciens (antérieurs à 2003), celle des assemblages (avec 51% de merlot) et des merlots vinifiés en blanc (85% de merlot), une curiosité dont le Tessin s’est fait une spécialité.
Le concours entre dans le cercle fermé des douze manifestations de la Vinofed (Fédération mondiale des grands concours internationaux), dont le siège est à Sierre, et bénéficie du double patronage de l’OIV (Organisation internationale de la vigne et du vin) et de l’UIOE (Union internationale des œnologues).
Résultats sous www.mondialdumerlot.com

Dossier paru dans le Journal viticole suisse de fin octobre 2009.