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Posté le 8 mars 2010 dans Tendance

Ombres et lumières des Concours de vins

Ombres et lumières des Concours de vins

Après les Vinalies (valaisannes) de Paris

Ombres et lumières des concours

Par un communiqué, VINEA annonce que le comité sierrois, emmené par son duo de choc, François Murisier, nouveau président, et sa directrice fraîchement promue, Elisabeth Pasquier, est allé régaler le jury des Vinalies internationales de Paris, mi-février, d’une raclette AOC et de «vins suisses». Quelques jours plus tard tombe le verdict de la compétition : les vins valaisans y ont fait un triomphe, remportant 24 des 29 médailles d’or suisse, soit près de 10% des 266 médailles d’or attribuées. Bien sûr, les deux «news» n’ont aucun lien de cause à effet. Décodage par Pierre Thomas.
Dans le Vieux-Pays, on se gargarise de ce succès sans précédent pour une région viticole : sur son blog, Paul Vetter (http://valaisduvin.blogvie.com/), observateur assidu du monde vitivinicole valaisan, rapporte même que Bordeaux aurait dû se contenter de huit médailles d’or et la Bourgogne, d’une seule. Encore faut-il, avant de succomber au triomphalisme, savoir interpréter un palmarès et remettre les faits dans leur contexte, même si la télé locale, à Sierre, a des effets de loupe…
Des Suisse en mal de reconnaissance
On le sait, la Suisse, qui n’exporte pas, pour la bonne raison que le marché national, s’il absorbe 98% des vins indigènes, ne représente pour ceux-ci que 40% de la consommation totale, s’en va quérir des médailles à l’étranger pour obtenir une «reconnaissance». La plupart des quelque 3’000 échantillons des Vinalies internationales de Paris sont, eux, envoyés par des producteurs qui ont besoin de médailles pour distinguer leurs vins dans les rayons de supermarché — car c’est là que les médailles se voient mieux, auprès de clients potentiels sensibles.
Les objectifs suisses – reste du monde sont donc diamétralement opposés. Cela explique aussi pourquoi les grands vins de Bordeaux ou de Bourgogne, reconnus comme tels, n’ont aucune raison de concourir : leur réputation est acquise et ils auraient tout à perdre à ne récolter aucune médaille, ou, pire, une médaille d’argent. Car si les organisateurs ne publient pas la liste des vins présents au concours — un manque de transparence très discutable, mais «commercial» ! —, on peut se livrer au jeu de la comparaison entre l’or et l’argent (le bronze ayant disparu, car au-delà du quota de 10% des vins primés). Sous cet angle, 57 vins suisses n’ont pas réussi à décrocher l’or aux dernières Vinalies de Paris.
L’or, rare et ardu, toujours
Qu’une chose soit dite : par expérience (ma participation à une centaine de concours, nationaux ou internationaux, en 15 ans), obtenir une médaille d’or dans la majeure partie des concours reste ardu. Il y faut des circonstances particulières : le vin doit être en forme le jour J et les dégustateurs aussi… Ce qui ne va pas de soi quand une quarantaine d’échantillons sont dégustés, de 9 h. à 13 h., durant plusieurs matinées. Deux facteurs jouent un rôle primordial : d’abord, il faut tomber dans la bonne série (de 12 à 20 vins), ensuite, au bon endroit dans cette série (ni parmi les premiers vins, ni parmi les derniers vins à déguster).
Rouges valaisans à la peine
Revenons donc au triomphe valaisan : il se partage pour l’essentiel entre une moitié de vins liquoreux, un quart de vins blancs secs et des Petites Arvines, pour la plupart de 2008. Sur ces 24 médailles d’or, 3 seulement vont à des vins rouges, un seul Cornalin 2008, une seule Humagne (en barriques) 2008, un seul assemblage rouge 2008. C’est très peu pour un vignoble qui, en 2008, a encavé 25 millions de litres de vin rouge et 16 millions de blanc, seulement ! L’exploit réalisé par deux rouges vaudois et un rouge genevois est donc supérieur à celui, modeste, du trio valaisan… Il faut aussi y voir la qualité intrinsèque du millésime. D’avoir écrit que la maturité physiologique (pépins de raisins mûrs) des rouges a eu de la peine à être atteinte en 2007 et fut inégale selon les cépages en 2008 (comme du reste en 2009!), en Valais, m’a valu des mesures de rétorsion : du côté de Sierre, on a, évidemment, peu insisté sur la contre-performance des vins rouges valaisans aux Vinalies de Paris, où les syrahs, notamment, sont souvent jugées remarquables — aucune n’est cette fois au sommet.
La revanche du Grand Prix du Vin Suisse
Reste que vins blancs secs, parfois en assemblage et élevé en barriques, ont brillé, comme les vins liquoreux. Ce sont, de l’aveu de Mike Favre, Valaisan gravitant dans les hautes sphères des œnologues organisateurs de concours internationaux, «les vins qui font l’image des vins suisses». On rappellera qu’au dernier Grand Prix des Vins Suisses, organisé à Sierre par VINEA, aucune petite arvine et aucun vin liquoreux valaisan (sauf celui vinifié par un… Vaudois) n’ont réussi à se glisser dans les six nominés de leur catégorie ! Mais les deux ex-meilleurs vignerons de Suisse, soit Provins-Valais, cave de l’année avec Madeleine Gay en 2008 et Diego Mathier, en 2007, décrochent plusieurs médailles d’or à Paris.
Les papilles ont la mémoire courte et les vins évoluent, deux bémols qui rendent les concours foncièrement aléatoires. Ce qui plaît à un jury international ne plaît pas forcément à un jury national, confronté beaucoup trop tôt aux vins, avant l’été — alors que les Vinalies et le prochain Concours Mondial de Bruxelles, fin avril, laissent plus de temps aux vins de se remettre de leur mise en bouteille.
Plus il y a de vin, plus il y a de chance
Autre aspect : plus il y a de vins d’une même provenance, plus ils ont de chance de n’être confrontés qu’aux vins du même type ou du même cépage et de la même provenance, dans une même série. En principe, les jurés ne connaissent pas cette provenance : ils dégustent des blancs ou des rouges, à l’aveugle, sans savoir d’où ils viennent. Mais il est plus facile d’évoluer dans une série homogène (par exemple de vins valaisans) que dans une série éclatée de vins de plusieurs provenances (par exemple de vins suisses).
Sous cet angle, les médailles d’or remportées par deux sauvignons, l’un gris de Genève, l’autre blanc de La Côte vaudoise, sont plus remarquables que les médailles valaisannes. En été 2009, par exemple, au Concours des vins de montagne d’Aoste, auquel j’ai participé, les cépages en blanc comme en rouge, étaient mélangés et c’est bel et bien les vins intrinsèquement les plus remarquables au moment de la dégustation qui ont été les mieux notés.
Trop de médailles tue le prestige
Ce qui fait le prestige d’une médaille, c’est sa rareté : dans les grands concours internationaux, le seul à respecter cet adage digne d’un podium olympique, est le Concours œnologique de Vinitaly. Force est de constater que les vins suisses, n’y brillent pas souvent — à l’exception, récemment, des genevois. L’OPAGE envoie systématiquement dans les grands concours internationaux cinq des meilleurs vins issus des Sélections genevoises. A Paris, avec deux médailles d’or et, compte tenu de la quantité des vins genevois en bouteilles mis sur le marché (un tiers de la production), Genève fait intrinsèquement mieux que le Valais.
Sur ce, je file déguster à Strasbourg (je n’étais pas à Paris, où VINEA ne va pas jusqu’à faire inviter ses «ambassadeurs») qui cumule en cette fin de semaine, trois concours internationaux : Riesling du monde (13ème édition), Pinot gris du monde(5ème) et Gewurztraminer du monde (3ème).
On verra si les Suisses, peu nombreux à concourir jusqu’ici, y auront de la chance !
                   

Palmarès des médailles d’or
suisses aux Vinalies de Paris 2010

— Artisans Vignerons d’ Yvorne Cépages noblesfût de chêne Vigne d’or AOC Yvorne Rouge 2008
— Garanoir Cuvée unique AOC Morges Rouge 2008 Suisse Vaud Bolle & Cie S.A. Morges
— Caves Orsat Cornalin primus classicus AOC valais Rouge 2008 Suisse Valais Caves Orsat, Martigny
— Charles Bonvin AOC Valais Rouge 2008 Suisse Valais Charles Bonvin Fils SA, Sion
— Château Hermitage AOC Valais Blanc 2007 Suisse Valais André Roduit & Fils, Fully
— Château Hermitage en barrique récolte tardive AOC Valais Blanc 2006 SA, André Roduit & Fils, Fully
— Chevalier blanc AOC Valais Blanc 2008 Suisse Valais Vins des Chevaliers SA, Salquenen
— Gamaret AOC Genève Rouge 2007 Suisse Genève Domaine des Charmes, Peissy (GE)
— Amphitryon AOC Valais Blanc 2008 Domaine du Mont d’Or SA, Sion
— Saint-Martin AOC Valais Blanc 2007 Suisse Valais Domaine du Mont d’Or SA, Sion
— Domaine Tourbillon AOC Valais Blanc 2006, Provins Valais, Sion
— Sauvignon gris AOC Peissy Blanc 2008 Domaine des Bossons, Peissy (GE)
— Heida AOC Valais Blanc 2008 Bétrisey Antoine et Christophe, Saint-Léonard
— Blanc de mer AOC Valais Blanc 2008, Jean-René Germanier, Vétroz
— Réserve Amigne de Vétroz Mitis AOC Valais Blanc 2007 Jean-René Germanier, Vétroz
— Les Titans Défi blanc AOC Valais Blanc 2008, Provins Valais, Sion
— Les Titans Petite arvine AOC Valais Blanc 2007, Provins Valais, Sion
— Miroir de lumières AOC Valais Blanc 2008, Les Vignes du Potier SA, Chamoson
— Grains de malice AOC Valais Blanc 2007, Provins Valais, Sion
— Grains de malice AOC valais Blanc 2006, Provins Valais, Sion
— Gemma cépages nobles AOC Valais Blanc 2008 Adrian Mathier Nouveau Salquenen AG, Salquenen
— Gemma Ermitage AOC Valais Blanc 2008 Adrian Mathier Nouveau Salquenen AG, Salquenen
— Petite arvine de Molignon AOC Valais Blanc 2008 Adrian Mathier Nouveau Salquenen AG, Salquenen
— Petite arvine AOC Valais Blanc 2008, Vins des Chevaliers SA, Salquenen
— Philippe Bovet Sauvignon blanc AOC Vaud Blanc 2008, Cave Philippe Bovet, Givrins
— Humagne rouge Tonneliers AOC Valais Rouge 2008, Robert Gilliard SA, Sion
— Roussanne Tonneliers AOC Valais Blanc 2008, Robert Gilliard SA, Sion
— Les grains nobles AOC Valais Blanc 2003, Rouvinez Vins SA, Sierre
— Ermitage vendanges tardives Valorine AOC Valais Blanc 2007, Frédéric Varone Vins SA, Sion

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