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Posted on 26 novembre 2010 in Vins du Nouveau Monde

Merryvale, une enclave vaudoise à Napa Valley

Merryvale, une enclave vaudoise à Napa Valley

René Schlatter, Merryvale, Santa Helena (Californie)

Une enclave vaudoise à Napa

René et Laurence Schlatter-Grognuz vivent au cœur de Napa Valley. Portrait de Merryvale, domaine emblématique du paysage viticole américain.
Par Pierre Thomas, de retour de Napa Valley
A vrai dire, il n’y a pas grand’chose de vaudois au cœur de Napa Valley, au numéro 1’000 de la Mainstreet (grand’rue) de Santa Helena. Sinon qu’au départ de Merryvale, il y a bientôt trente ans, se trouvait un homme d’affaires suisse, Jacky Schlatter, actif dans le commerce du coton. Par un jeu de rachats de parts, l’entreprise est aujourd’hui entièrement dans ses mains. Et c’est son fils, René, 43 ans, qui mène la maison. Né à La Tour-de-Peilz, marié à Laurence, la fille de Marco Grognuz — bon vigneron et fin dégustateur vaudois s’il en est ! —, père de trois filles, ce fils unique est aux commandes d’une entité en évolution permanente.
Etre dans le coup, toujours
C’est une constante américaine : le vin est un business et il faut des armes de businessman pour réagir au quart de tour — et non au quart de siècle comme si longtemps en Suisse. A Napa, la mode est à l’écologie, poussée par des incitations étatiques. La nouvelle cave de Merryvale, au toit couvert de panneaux solaires, répond aux critères de la «sustainability» (le développement durable). Le Wine Institute of California en a fait son cheval de bataille (www.sustainablewinegrowing.org).

La nouvelle «green winery» de Starmont à Stanly Ranch, à l’entrée de Carneros; on distingue les panneaux solaires sur les toits.

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Ensuite, le «trend» (la tendance) à Napa est à la micro-cave (2’000 caisses) vendant au maxi-prix (300 dollars la bouteille). René Schlatter, qui a davantage vécu aux Etats-Unis qu’en Suisse, vient donc de séparer ses deux lignes. D’un côté, Merryvale, une «boutique winery» (petit domaine) qui se profile dans le haut de gamme — et, précisément, depuis vingt ans, sont «flagship» (étendard) est le «blend» (assemblage) Profile ! —, de l’autre, Starmont, avec une gamme de prix moyens. Progressivement, les étiquettes ne porteront plus que l’un ou l’autre nom.
De la souplesse pour rebondir
A Napa, cette souplesse est omniprésente: ce qu’un domaine ne cultive pas, il l’achète. Et toute cave réputée travaille en «custom crush» (sous-main) pour d’autres, par exemple avec des barriques qu’elle n’utiliserait pas pour ses propres vins. Deux «winemakers» (œnologues) s’activent en cave, l’aîné, Sean Foster, à Starmont (à droite sur la photo ci-dessous), et le plus jeune, Graham Wehmeier, à Merryvale (au centre de la photo). «Nous tendons à des vins toujours secs, avec plus de fruit, plus de richesse, des tanins souples, mais aussi plus de personnalité et de complexité», explique René Schlatter. Et Sean Foster d’ajouter que l’acidification, l’abaissement du taux d’alcool (naturellement à 14,5%) et l’aromatisation aux copeaux de bois ne sont jamais la règle, mais l’exception.

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Une dictature du et au point

Au bout de la chaîne, seul le résultat compte ! Les dégustateurs-critiques font la pluie et le beau temps, du haut de leur échelle à 100 points. Avec le magnifique millésime 2007, Merryvale est bien servi. Profile, a obtenu 93 points au magazine Wine Spectator et 94 points «plus», chez Robert Parker. Le gourou affirme que «c’est le meilleur vin jamais produit à Merryvale» : délicat euphémisme pour cacher qu’il n’avait plus dégusté les vins du domaine depuis belle lurette !
Ainsi va la vie, ballottée entre les extrêmes et chahutée par la crise économique que traversent les Etatsuniens, promis à devenir les premiers consommateurs de vins au monde. Quand ils boiront 13 litres par tête, soit trois fois moins que les Suisses, les Américains auront dépassé les Français, toujours leaders du marché. Et Merryvale-Starmont n’exporte que 10% de sa production, d’abord vers la Suisse, mais surtout vers Hong Kong et la Chine émergente.
Rayon mode encore et toujours, le film «Sideways» (2004) a cloué au pilori le merlot, au profit du pinot noir. Du nord au sud de la Côte Ouest, on ne jure plus que par le cépage bourguignon et ses clones. Merryvale en produit un dans la vallée de Carneros. Un bien joli 2009 que ne renierait pas le beau-père, Marco Grognuz : sang bleu ne saurait mentir.

Quoi?
Deux caves et deux lignes de vins: Merryvale, au cœur de Napa Valley, et Starmont, une «green winery» (cave écologique) en lisière de Carneros. Vignobles : 11 ha de vignes à Santa Helena (Merryvale), 22 ha à Stanly Ranch (Starmont) et 200 ha que Jacky Schlatter (père) possède en copropriété à Juliana, vallée parallèle à Napa. www.merryvale.com
Comment?
Merryvale tourne autour de 120’000 bouteilles ; Starmont est dix fois plus grand (autour de 100’000 caisses de 12 bouteilles).
Combien?
Une dizaine de vins disponibles en Suisse, sous les deux étiquettes.
Où?
Les vins sont importés par Baur au Lac à Zurich (www.bauraulacwein.ch) ; certains figurent chez Mosca au «siège» rénové de Crissier, dans divers millésimes (www.moscavins.ch).

Le vignoble en coteau de Solstice, qui devrait donner prochainement un cru éponyme, qualifié d’«Estate» (vin de domaine à 100%).
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Les 3 coups de cœur de notre expert

Starmont Merlot 2006, Napa Valley, 33 fr.
Nez suave, de moka, de confiserie, de pruneau, note de tabac blond ; agréable structure, avec des tanins fondus et un bon soutien acide. Un vin peut-être facile, mais bien fait et agréable avec les plats de la cuisine méditerranéenne (25’000 bouteilles).

Merryvale Chardonnay 2008, Carneros, 49.80 fr.
Magnifique nez crémeux ; matière mûre, avec des notes de miel d’acacia, de cire d’abeille ; attaque ample ; riche, rond, avec des arômes d’ananas frais et une finale citronnée et dynamique. Fermenté en barriques de chêne français (40% neuves), mais moins «américain» (boisé «toasté» et donc «too much»), que le haut de gamme Silhouette. (36’000 bouteilles).

Merryvale Profile 2006,  170 fr.
Le «blend» (assemblage) haut de gamme, 82% cabernet sauvignon, 12% merlot, 5% petit verdot et 1% cabernet franc. Nez de fruits noirs confits ; note toastée ; souple à l’attaque ; structure ample ; harmonieux et rond, malgré une trame tannique serrée. Le 2007 (60% cab’, 16% merlot, 14% cabernet franc, 6% petit verdot et 4% malbec) exprime davantage de puissance et de rigueur, actuellement, reflétant à la fois l’assemblage et le millésime (20’000 bouteilles).

Paru dans le quotidien 24 Heures, Lausanne, du 26 novembre 2010.

Ci-dessous, René Schlatter et une mini-verticale de Profile: de vieux millésimes sont conservés à la cave de Merryvale, à Santa-Helena.

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