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Posté le 7 avril 2011 dans Vins suisses

Lavaux — Polémique: que le peuple se prononce donc!

Lavaux — Polémique: que le peuple se prononce donc!

Initiative «Sauvez Lavaux III»

La bataille reprend et ça ferraille dur

Sur fond d’élections communales (la nouvelle commune de Bourg-en-Lavaux n’a pas encore désigné son ou sa syndic/que ; ce sera plié entre le 15 mai et le début juin 2011), l’invalidation de l’initiative «Sauver Lavaux 3» par le Tribunal cantonal vaudois fait couler beaucoup d’encre. Le Tribunal fédéral devra se prononcer.
thomasvino.com
Le texte, rédigé de toutes pièces, a déjà donné des vagues, en été 2009. Ceux qui estiment que la région, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis le 27 juin 2007 (en même temps que la ville de Bordeaux !), n’est pas assez protégée redoublent d’arguments.
Historien d’art et professeur à l’EPFL, Pierre Frey a conclu une récente diatribe (mars 2011) par «… malheureusement l’inscription de Lavaux au patrimoine mondial de l’UNESCO a aiguisé les appétits sans créer une véritable conscience de ce qui lamotivait à l’origine. Je suis d’avis qu’un examen attentif s’impose d’urgence tant la situation est compromise.»
Pareille demande agite périodiquement Saint-Emilion, premier lieu viticole à avoir bénéficié de l’inscription au patrimoine mondial, dès 1999 et où les marchands ont envahi ce temple du vin.
 «Marchands du temple», «Lavaux sous cloche», «réserve d’Indiens», on en passe, et des pas tristes, caractérisent ce débat. Sur www.commentaires.com, plusieurs sont intervenus, notamment à la rescousse des vins de Lavaux, du label Vitiswiss et du sens de la viticulture plus ou moins «écologique» — et jusqu’où… La démonstration que la tarte à la crème s’accommode fort bien d’un verre de Dézaley !

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Le Dézaley, cœur de Lavaux mis en cagettes, vu d’avion (photo Pierre Thomas).

Un repenti à la rescousse

Dans un opuscule de 80 pages au format carré, le journaliste Bertil Galland, en ajoute une couche. Ce partisan du «ni oui et plutôt non» à la première initiative populaire de Franz Weber possède désormais la foi du repenti. Il vole au secours de ce «mouchoir de poche sacré», frappé du danger de «métropolisation» et de «rurbanisation». Depuis toujours (1960 en tout cas…), Lavaux a été considéré comme «un haut-lieu miraculé mais sous menace directe».
A l’époque, «l’esprit du temps, c’était l’enthousiasme de tirer parti — et profits — des atouts topographiques et des régions de charme. (…) Le balcon de Lavaux exerçait une irrésistible attirance.» Rappel de quelques dates : en 1972, Lavaux est introduit dans l’inventaire vaudois des monuments naturels et des sites, en 1977, dans l’inventaire fédéral, l’année où le peuple vaudois donne raison  à la première initiative de Franz Weber, dont les conséquences débouche dès 1979 sur le «plan de protection de Lavaux».

La sanction du peuple vaudois

Faut-il aller plus loin ? Bertil Galland l’affirme. Et donne sa caution au texte, qui impose, de manière détaillée, une interdiction totale de construire, hormis des extensions et des dépendances, sur tout le territoire de Lavaux. Se basant sur la loi fédérale protégeant les forêts, le journaliste, polémiste à ses grandes heures, conclut que «l’absolu est concevable en droit et en politique». Et que, à l’instar de l’avis du Grand Conseil, débouté par le Tribunal cantonal vaudois en novembre 2010, qui invalide le texte de l’initiative, «c’est au vote populaire qu’il faut confier, dans le cas d’espèce, de déterminer s’il faut reconnaître un interdit comme un droit supérieur».
Et d’écrire, «on ne va pas, un jour, jubiler de voir l’UNESCO honorer de son sigle ce site d’importance mondiale et, le lendemain, tolérer des pratiques qui le brutalisent». Le feuilleton continue : il avait déjà fait rage dans le courrier des lecteurs de 24 Heures ; le 7 avril, de «jeunes vignerons de Lavaux» expriment leur «ras le bol»… devant un texte qui pourrait les empêcher de vivre. Ritournelle habituelle : le peuple vaudois risque de vouloir le bonheur des autochtones à l’insu de leur plein gré.

PS : quelques fautes de frappe jalonnent le petit bouquin des éditions Xenia («Une heure en Lavaus sur les pas de Franz Weber»). Dans les annexes apparaît un extraterrestre, Georges Ducottlend (sic), auteur de Les Favages en Lavaux (re-sic), 1976. La contraction de Faverges et de ravages est bien jolie… Il s’agit de Georges Ducotterd, ancien (et feu) conseiller d’Etat friborugeois,  auteur de «Les Faverges en Lavaux», une monographie sur un domaine viticole fondateur de Lavaux, le plus vaste d’un seul tenant, propriété de l’Etat de Fribourg, à la suite des moines cisterciens de l’abbaye d’Hauterive (FR).

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Vendange à l’aide d’un hélicoptère en plein Dézaley: l’ancien et le moderne s’y côtoient par nécessité… (photo Pierre Thomas)