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Posté le 17 mai 2011 dans Vins suisses

Vaud — Berthaudin, un Genevois sur La Côte

Vaud — Berthaudin, un Genevois sur La Côte






Berthaudin, Clos du Roussillon, Tartegnin

Cap sur la diversification

Le négoce de vins Berthaudin a fêté les 20 et le 21 mai 2011 ses 75 ans, au Clos du Roussillon à Tartegnin. Comment des Genevois ont pris pied à La Côte.

Par Pierre Thomas

La maison n’a pas de site Internet à son nom, mais une adresse vantant les bordeaux. Au Clos du Roussillon, un panneau va indiquer —bientôt ! — qu’on reçoit au domaine. Dans la blogosphère comme dans le microcosme vaudois, voilà des Genevois qui font profil bas… Ils sont pourtant implantés ici depuis un demi-siècle : 2011 marquera leur 50ème vendange à Tartegnin. Et leur équipe à La Côte est du cru.
Au tâcheron Hans-Ruedi Gränicher, 70 ans, ex-typographe, devenu figure de la viticulture cantonale, vient de succéder, l’automne dernier, comme chef de culture (salarié), Romain Monnard, 28 ans, fils de vigneron-encaveur de Mont-sur-Rolle. Et l’œnologue John Pernet, Montois lui aussi, 52 ans, jongle, depuis douze ans, avec les cuves de tous horizons, de Satigny à Denens. Car, autre nouveauté, Berthaudin encave et vinifie désormais les raisins de Pierre Sauty, ex-Cave du Brantard.

Du vaudois apprécié des Genevois

Format de jockey, l’œil vif, Claude Berthaudin, 59 ans, «drive» ce petit monde depuis Carouge (Genève). Symboliquement, la maison, pour qui les activités vaudoises ne représentent qu’un tiers du volume d’affaires, fête son anniversaire au Clos du Roussillon. Une terre tombée par hasard dans l’escarcelle familiale, au temps où le chasselas traversait une crise. Le négoce, bien implanté dans la restauration à Genève, éclusait des mitrées de ballons de blanc vaudois. Plus facile à vendre, alors, que le vin genevois. Le marchand du bout du lac n’a partagé que plus tard avec un autre producteur, le Domaine du Crêt à Chouilly (GE)… vinifié à Tartegnin !
Le chasselas reste le fer de lance : à lui seul, le Clos du Roussillon est un édifiant exemple de la complexité du découpage des appellations d’origine vaudoises. Bien qu’à un jet de pierre de Tartegnin, la cave, construite en 1963, est située sur le territoire d’Essertines-sur-Rolle. Le domaine est à cheval sur Tartegnin et Mont-sur-Rolle. Une curiosité qui a fait s’arracher les cheveux à un contrôleur officiel : la majeure partie du vin est écoulée comme Grand Cru de Tartegnin et le reste part en Mont-sur-Rolle générique. Ce distingo a perdu de sa pertinence avec la régionalisation de l’AOC La Côte, un système que Claude Berthaudin trouve par trop laxiste. Et au mépris d’une très récente «étude sur les terroirs, financée par les vignerons eux-mêmes, et dont on n’a même pas tenu compte», insiste John Pernet.

Montée en gamme indispensable

A La Côte, le Genevois renforce ses positions. L’arrivée d’une quinzaine de cépages a engendré un réaménagement de la cave, pour vinifier chaque variété séparément. «L’essentiel du travail doit être réalisée à la vigne», martèle John Pernet. Partant, les relations entre le «faiseur de vin» et les fournisseurs de vendange — une vingtaine à La Côte — deviennent toujours plus étroites.
Au Clos du Roussillon, si le chasselas, en cuve inox, se vend à 10,90 fr., l’assemblage rouge (lire ci-dessous), élevé en barriques, est cédé à 18,90 fr.. On connaît l’antienne : seule la montée en gamme permettra à la vitiviniculture suisse de s’en sortir. Claironné à Sion, sur la base d’une étude d’un professeur d’économie de l’Université de Lausanne, le discours est aussi valable à «Tartegnin, pays du bon vin». La maison a revu ses gammes, redessiné ses étiquettes. Et propose, en blanc, des vins de cépages, comme du chardonnay, du sauvignon, du viognier, en plus du gewurztraminer et, en rouge, de la mondeuse, du merlot et du cabernet, en sus de ses assemblages rouges (salvagnin, Trilogie et Clos du Roussillon) et du pinot noir. Seule voie praticable pour viser le centenaire.

Fiche d’identité

Quoi ?
A La Côte, 5 ha au Clos du Roussillon, à Tartegnin, 3 ha au Domaine du Bec d’Or à Mont-sur-Rolle (loué depuis 1994), et 4,5 ha fourni par Pierre Sauty, et l’apport d’une vingtaine de viticulteurs.
Combien ?
Une vingtaine de vins de La Côte, parfois en plusieurs millésimes, du chasselas de Denens, à 9,50 fr., au cabernet barrique Privilège, à 26 fr.
Où ?
Cave Berthaudin, Tartegin sur Rolle, dégustation sur rdv au tél. 079 776 04 10.

3 coups de cœur

Sauvignon blanc 2010, Privilège, 17,50 fr.

Une nouveauté : nez discret, pour un sauvignon, sur les fruits exotiques, la mangue, le citron ; en bouche, note de feuille de cassis ; vif, frais, croquant. Macération préfermenaire, micro-oxygénation, un tiers sans malo et richesse alcoolique (13,6%), précise l’œnologue. (1’800 bout.).

Gewurztraminer de Tartegnin 2008, 17,50 fr.

Beau nez, net, sans extravagance ; attaque ample, grasse ; de la puissance, mais aussi de l’élégance et une belle rémanence. Le terroir (terres argileuses) n’incite pas à l’exubérance épicée et ce vin s’ouvre gentiment. Lauriers d’or Terravin. (reste 300 bout.)

Clos du Roussillon Grand Cru (rouge), 19,50 fr.

Beau nez ; attaque grasse ; milieu de bouche ample, chaleureux, épicé ; finale sur des tanins fermes et élégants. Gamaret (55%) et garanoir (45%). Le «top» du domaine : le reste passe dans le «second vin», Trilogie. Lauriers d’or Terravin, or au Grand Prix du Vin Suisse. (3’500 bout.).

Paru dans 24 Heures du vendredi 20 mai 2011, en PDF ici.