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Posté le 26 août 2011 dans Vins suisses

Nouveau cap pour le Castello di Morcote

Nouveau cap pour le Castello di Morcote

Castello di Morcote (TI)

Une reprise en main familiale

Domaine emblématique du Tessin, le Castello di Morcote est repris par la famille propriétaire, les Gianini. Histoire d’une saga peu banale.
Par Pierre Thomas, Vico Morcote
Le château de Morcote, où plutôt ce qu’il en reste, n’est guère visible que du lac ou, spectaculairement, d’avion. Nous n’avons eu le privilège ni de l’eau, ni de l’air, mais l’entrée, par la terre ferme, est impressionnante, elle aussi. Les vignes, palissées et protégées par un filet rigide contre la grêle, et les oliviers, s’étagent en rangs épousant le relief d’un promontoire au sommet duquel trônent les ruines d’une forteresse. On se croirait en Toscane !

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Devant le Castello, de g. à dr., Claudio Tamborini, rénovateur du domaine il y a vingt ans, Gaby Gianini, copropriétaire, et l’œnologue Michele Conceprio.

Un vestige de la défaite de Marignan
D’ici peu, les caves, qui n’ont guère bougé depuis la fondation de l’édifice, en 1400, par le duc de Milan François Marie Visconti, abriteront un nouveau chais à barriques. Car les propriétaires des lieux, la famille Gianini, a décidé de valoriser le vaste domaine de 172 hectares, acheté parcelle par parcelle, par Massimo Gianini, un industriel tessinois établi à Milan, qui replanta des vignes dès 1942.
Auparavant, après divers aller-retours entre seigneurs de Milan (les Visconti et les Sforza) et maîtres de Côme (les Rusca et les Sanseverino), à la chute du dernier duc de Milan, Ludovico Il Moro, sanctionnée par la défaite de Marignan en septembre 1515, la forteresse revint au châtelain d’alors, Francesco Paleari. Ce patronyme est intimement lié à l’histoire viticole du Tessin: près de quatre siècles plus tard, un des descendants, l’ingénieur agricole Giorgio Paleari, fera les premiers essais d’implantation du merlot au Tessin. Et en 1906, le choix du cépage bordelais tombera, au détriment des variétés locales (dont la bondola) et piémontaises (le nebbiolo).
Un vignoble taillé à la machine
L’histoire rocambolesque de la «rocca» ne se termine pas avec ce virage décisif. Durant la seconde moitié du 20ème siècle, les vignes périclitent. Au point que lorsque le négociant en vins Claudio Tamborini, un des pionniers tessinois du renouveau du merlot, reprend la gestion du domaine, en 1989, il fait aménager à la pelle mécanique des «banquettes», soit des terrasses qui épousent les courbes de niveau, comme à Lavaux ou dans la vallée du Douro. On y plante 20’000 pieds de merlot et le premier millésime du Castello di Morcote sort de cave en 1993.
Nouvelle étape aujourd’hui. Les vignes ont l’âge de raison de vingt ans révolus, se félicite Michele Conceprio, qui a repris la cave de Bruno Bernasconi, maître de chais de Tamborini Vini. Le nouvel œnologue s’occupe aussi du Sasso Quirico (Sopraceneri) et coproduit le Rubino avec Adriano Kaufmann, un des mousquetaires alémaniques du renouveau tessinois des années 1980. Bien que taillé à la pelle mécanique, le vignoble a été reconnu de haute valeur en biodiversité. Peu mécanisé, il est cultivé en production intégrée, mais des essais en biodynamie sont déjà conduits.
Aussi près du Léman que de Milan
Car l’œnologue vise l’excellence. Compte tenu du microclimat du promontoire, de son orientation plein sud, de l’altitude (450 m.), du sol de granit et de porphyre, peu profond, rappelant les graves bordelaises, et de l’encépagement (10% de cabernet franc, proportion qui va être augmentée), le vin est naturellement tourné vers l’élégance plutôt que vers la puissance.
Aux côtés du tandem Conceprio, à la cave, et Tamborini, à la vente, deux cousines. Gaby Gianini a l’intention de redonner le lustre non seulement au vin, mais à ce lieu, magique, avec un projet d’œnotourisme. Elle a l’appui de Valentina Porzio (dont la mère, tante de Gaby, vit sur le domaine). La première est historienne d’art de l’Université de Lausanne ; la seconde vit aux portes de Genève. Avec un œnologue formé à Changins, le Castello di Morcote, finalement, est aussi proche du Léman que de Milan.

Quoi?
7 ha d’un seul tenant sur le promontoire d’Arbostora à Vico Morcote, sur le Ceresio, qui compte 172 ha de forêts et de pâturages (et un restaurant, l’Alpe di Vicania, www.alpe-vicania.ch).
Comment?
Moins de 30’000 bouteilles (28’000 bouteilles en 2009). Vignoble planté en merlot (90%), en cabernet franc et quelques essais divers. Extension possible sur moins d’un demi-hectare.
Combien?
Une seule étiquette pour un Merlot del Ticino Riserva. Dès 2011, un millier de bouteilles de merlot vinifié en blanc. Plus une grappa distillée à Mendrisio par Pierluigi Jelmini.
Où?
Distribué par Claudio Tamborini, à Lamone (www.tamborini-vini.ch). En vente chez Globus.
Pour les amateurs de vins, dégustation du millésime 2009 («Il Viso del Vino») au Palais des Congrès de Lugano, le lundi 5 septembre 2011, de 15 à 19 h. 30. Plus de 250 vins présentés.

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La nouvelle équipe du Castello di Morcote, de g. à dr., Roberto Marcon, Gaby Gianini, l’œnologue Michele Conceprio (derrière) et Valentino Porzio.

Castello di Morcote 2007, 44 fr. (Globus)

Belle robe foncée ; nez encore marqué par l’élevage (18 mois en fûts de chêne français) ; belle attaque ample, large ; les tanins sont fermes, la longueur en bouche remarquable. Des trois millésimes présentés ici, le 2007, grande année au Tessin, est celui qui ira le plus loin dans le temps… Médaille d’argent au dernier concours Merlot du Monde.

Castello di Morcote 2008

Robe pourpre ; notes fumées au nez, sur des fruits rouges mûrs bien présents ; attaque souple ; structure rectiligne, avec une finale sapide, sur des notes légèrement boisées (12 mois seulement de fût). Sur le marché dès le 1er septembre, ce merlot tient son rang sur un repas de pâtes ou une viande rouge.

Castello di Morcote 2009

Belle robe foncée ; nez profond, avec des notes fumées (13 mois de barriques) ; en bouche, on retrouve le fumé, des épices (muscade, poivre), des tanins mûrs, une finale sur le graphite, avec un bon support acide. Un vin élégant, typé d’un millésime qui, par sa lente maturation, se rapproche de 2007. Déjà prêt à boire sur la fraîcheur, mais ne sera livrable que l’an prochain.

Paru dans le quotidien 24 Heures, le 26 août 2011, version PDF ici.