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Posted on 12 octobre 2011 in Vins suisses

Eric Klausener, le Tessin pour destin

Eric Klausener, le Tessin pour destin

Eric Klausener, vigneron d’origine vaudoise

Le Tessin pour destin

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©Thomas Burla

Avec sa tignasse blanche, on le verrait volontiers en empereur romain. Lui, le hippie des années 1970, qui prônait le «retour à la nature», ponctué par quelques voyages en Inde et au Népal, s’est aussi mis à la mandoline. Ca change des Pink Floyd ! Pilier de l’association des «viticulteurs et vinificateurs du Tessin», qui vient de fêter son quart de siècle, ce père de famille, ces jours, se réjouit du retour de son fils, 25 ans. Après un long voyage sac à dos en Australie, où est établi son jeune frère Olivier, 23 ans, Sylvain est revenu au pays début septembre, tel l’enfant prodigue. Il va suivre une formation à Mezzana, l’école tessinoise des métiers de la terre. On sent son père soulagé : «Je ne brusque rien»… même si l’avenir du domaine paraît assuré.
Autre sujet de satisfaction de «pater familias», ses deux filles, Frédérique, 33 ans, et Sophie, 31 ans. L’aînée, qui venait du Chalet Suisse de Sauvabelin (Lausanne), a repris, il y a deux ans et demi, un grotto à Caslano, sur les bords du Ceresio, le lac de Lugano. Dans un endroit aussi agreste qu’enchanteur, elle magnifie les bons produits du terroir, avec l’aide d’un chef de cuisine. Les vins sont à la hauteur. Son père lui donne un coup de main. Depuis longtemps, Eric Klausener cherchait à faire partager les meilleurs nectars de ses collègues vignerons-encaveurs, à des tarifs corrects. Quant à sa deuxième fille, Sophie, puéricultrice, elle lui a donné deux petits-enfants, une fille de 5 ans et un garçon de 2 ans et demi. Tandis que l’épouse, Fabienne, une «montagnarde des Mosses», qui tâta de l’archéologie à Lausanne, tient la boutique, ce jour-là. Pour le vigneron, un appui de tous les instants…
Rien ne prédestinait ce fils de graphiste, Vaudois de Grandvaux, ni au vin, ni au Tessin. «Je voulais devenir jardinier-paysagiste, mais les études étaient trop longues. Alors, j’ai opté pour la viticulture en un an, à Changins.» Il y croise un Genevois, Daniel Brenner. Les cours terminés, impossible de rêver à son propre domaine en Suisse romande. Le Tessin ? Un hasard, ce caprice du destin. «Avec Fabienne, on rentrait de Ligurie, où on était allé faire du camping par une pluie battante. On s’est arrêté au Tessin, chez Daniel Brenner, qui venait de s’y installer.» Les Klausener y resteront. Au début des années 1980, la viticulture, dans le Malcantone, est à des années lumières du «monde beaucoup trop traditionnaliste» de Lavaux. «La viticulture déclinait. Plus personne n’y croyait!» Non loin de son point de chute, à Purasca, les mousquetaires venus de Suisse alémanique, les Kaufmann, Huber, Stücky et Zündel, entament la renaissance du vignoble tessinois. «On a tous commencé ensemble. Je n’avais pas un rond. Je louais des vignes. Je livrais du raisin à un encaveur qui ne me payait presque rien. C’était bien que la réalité économique m’arrive sur la gueule : je suis devenu œnologue par la force des choses. Et j’ai constaté que j’avais un certain talent…»
Il n’est pas le seul à le remarquer: à Lucerne, le futur «master of wine» Philipp Schwander organise une dégustation des meilleurs crus du monde, La Tâche et Petrus compris. Le merlot Gran Riserva 1990 l’emporte devant près de 150 grands vins: «Un tremplin formidable!» Eric Klausener venait de mettre la main sur deux hectares de vignes à l’abandon du château de Trevano, près de Lugano. Ce vignoble, qui a son âge, lui appartient désormais. C’est le fer de lance de ses 3 hectares, «qui suffisent à une famille pour vivre». Le Gran Risavier (rébus de Riserva) 2009, juteux, concentré, est une très bonne cuvée. 5’000 bouteilles à 50 francs le flacon: «Un prix pas trop modeste, mais raisonnable», commente Eric Klausener.
Le Vaudois de souche — «mais j’ai mes racines ici, à Purasca» — est fier d’avoir inspiré un coffret de vins tessinois, tous originaux, de 2009, élaborés par les 27 viticulteurs et vinificateurs de l’association et mis en vente en ligne à 1’600 francs. Plutôt que du merlot, il a préféré proposer à ce «collector» en 300 exemplaires un assemblage de trois cépages, le marselan, le caladoc et l’arinarnoa. Des croisements de grenache et de cabernet, de grenache et de malbec, de merlot et de petit verdot, mis au point à Montpellier, aptes à résister à la «tropicalisation» du Tessin. «Si nos vins perdent leur identité suisse, on va entrer en concurrence avec le Nouveau Monde et on ne pourra pas régater», redoute l’ex-hippie, face à cette Nature qui s’emballe, après qu’il y soit bel et bien retourné.

Fiche signalétique

28 septembre 1953, naît à Zurich
1982  Arrivée au Tessin
1984 Fondation de l’Association tessinoise des «privés»,
devenue des «viticulteurs et vinificateurs»
1992 Meilleur merlot du monde (officieux) à Zurich
2009 Sa fille Frédérique reprend un grotto à Caslano, www.grottosassalto.ch
2011 Coffret «L’art de cultiver le vin», www.viticoltori.ch
Paru dans le quotidien 24 Heures, le 5 octobre 2011
©thomasvino.ch