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Posté le 29 mai 2012 dans Vins européens

Portugal: Guimaraes, capitale de la {viti)culture

Portugal: Guimaraes, capitale de la {viti)culture

Guimaraes (Portugal)

Capitale de la culture
et de la viticulture

En cette année 2012, Guimaraes, berceau de l’ex-royaume lusitanien, partage avec Maribor (Slovénie) le titre de capitale européenne de la culture. Au cœur d’une agglomération qui pousse le «mitage» très loin, elle est aussi une des capitales du «vinho verde» (lire ci-dessous, avec une sélection des meilleurs 2011).
De retour de Guimaraes, Pierre Thomas
De l’aéroport de Porto, il ne faut guère plus de temps (45 minutes) pour rejoindre la région du nord-est, le Minho, que la ville elle-même. Et le «quadrilatère urbain» formé de Famalicao, Guimaraes, Braga et Barcelos, est la troisième agglomération du Portugal (après Lisbonne et Porto) et une des plus dynamiques.

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Aux côtés de la vieille cité de Guimaraes, Braga, jadis surnommée la «Rome ibérique», est, cette année, la capitale européenne de la jeunesse. De l’hôtel Melia, tour de béton, d’acier de de verre bleu, la vue est imprenable sur un giratoire et un Mac Do. Mais aussi sur l’université et le tout nouveau bâtiment des nanotechnologies, construit par l’Espagne et le Portugal ensemble. Malgré la crise économique et ses rideaux de fer baissés sur nombre de commerces, ses pancartes «à vendre» et «à louer», ce quadrilatère s’affiche «cités du futur», avec ses universités jeunes et modernes.
Des villes construites en désordre
Comme l’agriculture et la viticulture sont juxtaposés et jardinés entre les hameaux devenus quartiers d’une improbable agglomération, la culture s’épanouit entre la «colline sacrée» dominée par les châteaux de Guimaraes et les ruines des filatures et autres industries du cuir. Ici, un monde a basculé et les blessures de la mondialisation restent béantes… Pas étonnant qu’au programme de Guimaraes 2012 figure, du 16 juin au 26 août, une exposition sur l’architecture et les pratiques spatiales. Les exemples de l’anarchie et du paysage gâché sautent aux yeux. A la Villa Fior, siège de la capitale de la culture, quatre photographes, américain, italien, suédois, et belge, d’abord en résidence l’an passé, puis en exposition ce printemps, ne s’y sont pas trompés. Le Belge Filip Dujardin y montre des images frappantes: le château médiéval transformé en entrepôt muré de briques rouges, des containers d’habitation sous un pont d’autoroute et cette prise de vue retouchée de murs gris et de toits orangés de la ville… sans la moindre fenêtre. Plus vrai que nature! 
Plus de 100 millions d’euros injectés
Au rythme des saisons, les expositions, colloques, concerts (on n’échappera ni à Laurie Anderson, ni à Ute Lempert…), et autres performances — Jean-Luc Godard devrait, tout début juillet, y projeter son premier film en 3 D ! — vont se succèder, selon un calendrier publié mensuellement sur Internet (www.guimaraes2012.pt). Au total, 111 millions d’euros — on a le sens des chiffres! — seront consacrés à cette année de «promotion de la diversité culturelle qui caractèrise l’Europe», placée sous les étoiles d’or (européennes) des «bonnes pratiques de gestion» et autres «principes de durabilité élevés». Rien que ça… Et pour ceux qui délaissent la culture contemporaine en mouvement, il reste les monuments historiques. Guimaraes n’en manque pas et son centre historique a été classé au Patrimoine mondial de l’Unesco en 2001 déjà.
En toute logique, la région fait honneur à son vin fétiche, le «vinho verde». Elle a aussi accueilli, début mai, le Concours mondial de Bruxelles (8’400 vins de 52 pays, 350 dégustateurs, sommeliers, journalistes spécialisés, œnologues). En 2013, la compétition fêtera ses 20 ans à Bratislava, capitale de la Slovaquie. Et donc non loin de Kosice, capitale européenne de la culture conjointement avec Marseille. Le tournus entre villes européennes est assuré jusqu’en… 2020 (selon wikipedia.org).

Au cœur du «vinho verde» en mutation

Pas plus que le «primitivo» des Pouilles est «primitif», le «vinho verde» du Minho n’est «vert». Le rouge du sud de l’Italie mûrit très tôt, «en premier». Et le blanc du nord-est du Portugal naît dans une région bordée par la côte «verte» de l’Atlantique et délimitée par les fleuves Minho, au nord, et Douro, au sud, distants de 130 km. La région viticole s’étend sur près de 35’000 hectares, soit un peu plus de deux fois le vignoble suisse, répartis en neuf sous-régions.
Echapper à l’humidité ambiante
Des mues, ce vin qui est au Portugal ce que le chasselas est à la Suisse, soit un vin convivial, frais, léger et «perlant», apte à accompagner les mets locaux, en a connues plus d’une. Dans la vigne, d’abord, où la plante s’accrochait d’abord au peuplier, puis cultivée sur des pergolas tenues par de hauts piliers de granit (photo ci-dessous). Car, si la région est «verte», c’est qu’elle essuie les pluies atlantiques, surtout au printemps. Globalement, la région n’est qu’un peu plus arrosée que Lavaux, mais les 75% de la quantité d’eau se déverse de janvier à mai, avec un danger précoce de pourriture grise attaquant la vigne, malgré le sol granitique très filtrant. Cultivée en hauteur, elle échappe à ce fléau. Aujourd’hui, la plante est le plus souvent tirée sur fil.

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Le mode d’élaboration des vins a aussi changé. Aux siècles passés, chaque paysan polycultivateur, entre vaches et culture du lin, laissait fermenter un ou deux tonneaux dans un coin de sa ferme. La deuxième fermentation (la malolactique) donnait spontanément ce «perlant» au vin, comme au chasselas d’ici. Puis sont venues les coopératives, dès les années 1950, qui ont maîtrisé le processus en cuve inox, puis par le contrôle de température. Le gaz carbonique est désormais ajouté (comme dans la majorité des chasselas !). Et, depuis une vingtaine d’années, sont nées des «quintas» (domaines) qui ont pour vocation unique la viticulture,
Concurrent du riesling et de la petite arvine
Le style des vins a évolué. En 50 ans, le «vinho verde», qui était rouge à 80% (à base de cépages locaux, pour un vin rustique, rappelant la jeune barbera du Piémont, elle aussi «frizzante»), s’est inversé, soit 85% de blanc aujourd’hui. Le Vinho Verde, dont l’aire de production fut délimitée dès 1908 déjà, bénéficie d’une AOC. Ce qui différencie ce blanc portugais du blanc romand, c’est sa grande acidité. En jouant sur la vinification, avec une macération préfermentaire, mais aussi en gardant un peu de sucre résiduel, des producteurs ont «modernisé» le vinho verde.
A l’origine assemblage de cépages blancs, il devient vin de cépage unique. Au nord, dans la région de Monçao, l’alvarinho, qui peut monter jusqu’à 14% d’alcool — alors que les vinho verde traditionnels sont entre 8 et 11,5%, maximum autorisé —, connaît un grand succès, dans la mouvance des vins blancs du nord de l’Espagne (du même cépage, orthographié albarino). Les arômes exotiques (ananas, mangue, citron vert), la vivacité, la pointe de sucre résiduel, de ces purs alvarinhos en font des concurrents des… albarinos galiciens, des rieslings allemands et de la petite arvine valaisanne. Et à des prix défiants toute concurrence (entre 2 et 5 euros)! Les cépages loureiros et trajadura, cultivés autour de Braga et de Guimaraes, sont, pour le premier, aussi proposé seul, ou assemblés en duo ou en trio avec l’alvarinho, ou d’autres cépages en A, comme l’arinto, l’avesso ou l’azal.
Consommé localement, le vinho verde a réussit à faire progresser ses exportations (à hauteur de 20%). L’an passé, la Suisse a importé 765’000 litres de Vinho Verde AOC. Quatre bouteilles sur cinq seraient bues par la forte communauté portugaise en Suisse, selon un importateur.

Paru dans Hôtellerie & Gastronomie du 24 mai 2012.


Quelques très bons Vinho Verde

(notés sur 100 points)

* QG 2011, Quinta de Gomariz, 91/100
(méd. or Concours Mondial de Bruxelles 2012 avec son Padeiro 2011)
* QL 2011, Quinta da Lixa, 90/100
(méd. or Concours Mondial de Bruxelles 2012 avec son Alvarinho Trajadura 2011)
* Areal – Arinto 2011, Jose Campos Reis Areal, 90/100
* Regueiro Secreto (Alvarinho) 2011, Quinta do Rogueiro, Melgaço, 90/100
* Camélia 2011 (Loureiro), Mosteiro Sta Maria Landim Soc. Agricol. 89/100
Pecado Capital 2011, Convivo do Saborès, Unipessoal 89/100
(méd. or Concours Mondial de Bruxelles 2012)
* Morgadio da Torre 2011, Sogrape, 88/100
* Terras de Geraz blanc 2011, Armindo Fernandes, Unipessoal, a également obtenu une médaille d’or au Concours Mondial de Bruxelles 2012 — pas dégusté.
Vins dégustés sur place en mai 2012.

©thomasvino.ch