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Posté le 7 février 2005 dans Tendance

Portrait d’un journaliste libre…

Portrait d’un journaliste libre…

Les Libres — Cuvée des indépendants
Pierre Thomas, journaliste de grand cru
Journaliste libre, Pierre Thomas a fait de sa connaissance pointue des vins son principal gagne-pain. Une spécialisation qui lui assure une activité à plein temps. Rencontre.
Par Sonya Mermoud*
Une énergie de battant, une connaissance pointue des crus et un zeste de chance : voilà la recette qui permet aujourd’hui à Pierre Thomas de tourner en indépendant. Un statut que ce journaliste chevronné comptant trente ans de métier assume depuis 2002, suite à la perte de son emploi à « Dimanche.ch ». Mais déjà à cette époque, l’homme qui travaillait à 60 % pour l’hebdomadaire aujourd’hui disparu, complétait son revenu par des piges. « C’était l’idéal. D’un côté, je bénéficiais du dynamisme d’une rédaction – en tant que libre, les contacts avec les collègues me manquent – et de l’autre, je n’étais pas confiné à un domaine. » Actuellement et même si cet homme de 49 ans appréhende la profession de journaliste comme celle d’un généraliste, il estime impossible de gagner sa vie en indépendant sans spécialisation. Heureusement, le rédacteur en a une. Passionné par l’univers des vins – il a suivi en 1991 le cours dit de marchand de vins juste après avoir été rédacteur en chef de la Côte, à Nyon – l’auteur des « Vignobles suisses » en a fait son sujet de prédilection. Un thème porteur qui lui assure plusieurs collaborations.

«L’indépendance est rarement payée à son juste prix. Même quand les tarifs de la convention collective son appliqués.»

Travaillant régulièrement avec une dizaine de médias et remplissant, au gré des offres, des mandats pour des revues spécialisées, Pierre Thomas s’est fixé une seule règle : conserver, quel que soit le support, une approche journalistique conforme à la déontologie du métier. Ni publicité déguisée ni exercice de relations publiques. Si certains lui reprochent de manger à tous les râteliers, à savoir de travailler aussi bien pour Edipresse que Ringier, il n’en a cure. L’exiguïté du marché romand ne lui permet pas de faire la fine bouche. D’autant plus que l’accès aux médias audio-visuels se révèle quasi impénétrable. « Dommage ! J’entrerai bien aussi dans ce créneau. Mais la plupart du temps, on me contacte pour que je donne mon avis de spécialiste… gratuitement. » Une dérive d’autant plus inacceptable que l’indépendance est rarement payée à son juste prix. Même lorsque les tarifs de la convention collective sont appliqués. « Ces barèmes ne tiennent pas compte du coût des cotisations aux assurances sociales ni du temps passé à chercher des mandats, à actualiser son savoir, ou encore à tenir la comptabilité.» Que Pierre Thomas passe deux heures ou deux jours sur un article n’intéresse pas ses employeurs. Les forfaits supplantent les décomptes horaires. « C’est viable mais sous réserve de disposer d’un réseau. Un libre ne parvient toutefois pas à s’assurer la même rétribution qu’un journaliste intégré à une rédaction, bénéficiant d’un treizième salaire, de vacances payées…»

«Dans le cochon, tout est bon. Les connaissances du spécialiste doivent être rentabilisées et ventilées dans diverses rubriques. »

L’activité d’indépendant spécialisé nécessite non seulement une énorme force de travail mais aussi de l’imagination à revendre. « C’est comme si vous élevez des cochons affirme, ironique, Pierre Thomas. Dans l’animal tout est bon. Les connaissances du spécialiste doivent, elles aussi, être rentabilisées et ventilées dans diverses rubriques. » Un défi parfois rendu difficile par le « pré-formatage » des journaux exigeant des collaborateurs qu’ils épousent leur ligne éditoriale. Une « marque de fabrique » que Pierre Thomas identifie comme une forme de contrôle sur la pensée auquel il s'efforce d'échapper « Pour ma part j’ai proposé et livre des chroniques clefs en main. » Si le journaliste s’interroge sur la précarité de sa situation – il n’a aucun contrat écrit garantissant la reprise de ses piges et se trouve à la merci de changements de formule comme de personnel – il apprécie tout de même son indépendance. « On travaille énormément mais quand on veut. » Une liberté à laquelle il goûte comme un grand crû sachant, expérience faite, que les salariés risquent eux aussi de trinquer…

Paru dans Telex, journal d'impressum, la Fédération des journalistes suisses, printemps 2004