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Posté le 30 mai 2005 dans Conso

Vins siciliens: un zéro d’Avola!

Vins siciliens: un zéro d’Avola!

Article paru dans «Tout Compte Fait» en mai 2005

Sicile, un «zéro» d’Avola
Le jeu de mots facile a fusé : sous le nom de «nero d’Avola», le plus prometteur des raisins rouges de Sicile, les grandes surfaces écoulent des vins sans intérêt. Dur verdict pour le plus prolifique des vignobles italiens.
Un seul vin à plus de 13 points, soit juste bon ; quatre vins franchement insatisfaisants. Le bilan de la dégustation des vins rouges siciliens est médiocre. Le jury de «Tout Compte Fait» a trouvé des défauts, somme toute courants, dans ces bouteilles, vendues entre 6 fr. et 9,90 fr., à l’exception de deux (à 12,50 fr. et 19,50 fr.). D’abord, une indéniable rusticité, indissociable du cépage qui, dans huit cas, est le seul mentionné sur l’étiquette, le nero d’avola. Pourtant, depuis dix ans, les observateurs le considèrent comme le plus prometteur de l’île, qui produit encore plus de 80% de vins blancs courants.
L’IGT disqualifiée
Au nez, le nero d’avola devrait se signaler par un fruité de framboise et de fruits rouges : seul le «Nabucco» (2ème du test) remplissait ce critère. Plusieurs bouteilles, certes fermées avec des bouchons en toute matière (plastique, liège de piètre qualité), montraient des signes de réduction, voire d’évolution, disqualifiant d’emblée le liquide. Autre reproche, des arômes déviants du végétal, découlant d’une vendange trop abondante. Et pourtant, tous les vins dégustés portaient fièrement l’«indicazione geografica tipica» (IGT) Sicilia, inférieure dans ses exigences qualitatives à une «denominazione d’origine controlata» (DOC, équivalent de l’AOC, appellation d’origine contrôlée). Les neuf DOC ne représentent qu’à peine 5% des 150'000 ha du vignoble sicilien (soit une surface dix fois supérieure au vignoble suisse).
Payer entre 6 et 9,90 fr. pour de tels vins, c’est encore trop cher ! Car la plupart sont courts en bouche et finissent sur des tanins secs. Une garde en cave n’y changerait rien. Au contraire, l’impression de sècheresse ne ferait que s’aggraver, une fois les arômes primaires et fruités envolés.
Assemblage? Maquillage!
A cet égard, l’assemblage avoué — l’IGT permettant 15% de coupage avec un autre cépage sans mention sur l’étiquette — avec de la syrah, du cabernet-sauvignon ou du petit verdot, apparaît comme une vaine tentative de maquillage.
Quant au «Corvo», composé de cépages autochtones, tels le nerello mascalese et le pignatello, il demeure un rouge de grande distribution, mais de piètre qualité, quelle qu’en soit sa typicité. Un vin à cent lieues du «Duca Enrico», le nero d’avola haut de gamme de la même entreprise viticole, qui fit sensation, à Vinitaly, il y a douze ans. Cette année, dans ce concours international, les crus siciliens, de catégorie des IGT, ont dû baisser pavillon devant des vins portugais, chiliens et argentins, seuls médaillés. Parmi quelque deux cents «grandes mentions», une vingtaine pour des vins à base de nero d’avola, dont une pour le 2004 de «notre» vainqueur, Barone Montalto. Encore faudrait-il savoir pour quel lot, puisque les flacons vendus chez Pick Pay et chez Denner, sous le même nom, mais sous un habillage différent, ne sont pas du même tonneau. Une difficulté de plus dans le maquis de la Sicile des supermarchés.

En perspective
Une île de beauté
La Sicile a tout pour plaire. Un climat chaud, compensé par l’altitude des vignobles s’étageant entre 500 et 900 m., et même léchant les flancs du volcan Etna au-dessus de 1000 m. Entre 1960 et 1990, ces vignes ont été restructurées, passant du «gobelet» à la culture sur fil, plus intensive. Avec une faible densité à l’hectare, la charge de chaque cep dépasse souvent les deux kilos.
Malgré ces ombres à un tableau idyllique, à l’époque des Phéniciens, puis des Grecs et des Romains, les vins siciliens jouissaient d’un grand prestige. Au 20ème siècle, les rouges servaient à «enrichir» les vins de table de toute l’Europe. Ce sont les vins blancs originaux qui ont contribué au renom des îles italiennes. Ainsi en va-t-il du Marsala, un «vin de liqueur» sicilien, inventé par un Anglais à la fin du 18ème siècle, sur le modèle du porto, mais dont la qualité s’est délitée au fil des siècles. Récemment des vins liquoreux, la malvoisie des îles éoliennes (Lipari) et le muscat de Pantelleria, cher au cœur de l’actrice Carole Bouquet, ont permis aux îles proches de la Sicile de redorer leur blason viticole.