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Posté le 8 août 2005 dans Vins suisses

A quoi sert le Concours national des vins 2005?

A quoi sert le Concours national des vins 2005?

Vins suisses — Concours National des vins 2005
Ce qui prime, c’est communiquer
Contre l’avis de plusieurs Romands, Swiss Wine Communication, à Berne, et son directeur Jürg Bussmann, ont réussi à imposer un deuxième Concours national des vins suisses. Mais que faire des résultats? Telle est la question qui embarrasse.
Par Pierre Thomas
Organiser un concours, même Jean Crettenand, l’ancien «œnologue fédéral», en rêvait, il y a vingt ans. Et tous les deux ans, Expovina, à Zurich, distribue une brassée de médailles aux vins (étrangers) présentés par ses commerçants exposants et par les producteurs suisses. Puis est venu VINEA, à Sierre, qui a accouché du «Mondial du Pinot Noir», seule compétition suisse du genre reconnue au niveau international.
On retrouve aujourd’hui, à peu de têtes près, les mêmes à la fois derrière Expovina, le Mondial du Pinot Noir et le Concours National, dont la première édition s’est bouclée à Berne, l’automne passé, sur un gala, organisé par le magazine «Vinum».
Il en faut pour chacun !
Sans doute, les lecteurs ont-ils déjà oublié qui a remporté ces «oscars» : il y avait une écrasante majorité de Valaisans et une surreprésentation des Tessinois. Les producteurs des autres cantons n’ont guère apprécié… Patrie du fédéralisme, cette forme d’égalité qui passe par l’arrosoir — il en faut un peu pour tout monde —, la Suisse n’y échappe pas non plus en matière de vins. Cette année, les six régions viticoles du pays ont donc remis ça. Chacune a organisé dans son coin des sélections régionales, puis a pu collectivement envoyer mille vins à la finale, à Sierre, en juin. Des quotas ont été désignés géographiquement (340 vins valaisans, 273 vaudois, 72 genevois, 72 neuchâtelois, biennois, fribourgeois et jurassiens, 75 tessinois et 168 suisses alémaniques), corrigés au besoin par un contre-poids de certaines régions pour certains cépages («au moins un tiers des vins») : Suisse romande pour le chasselas, le gamay et le pinot noir, Suisse alémanique pour le riesling X sylvaner et le pinot noir, Tessin pour le merlot.
Jusqu’ici, chaque région a publié en ordre dispersé ses résultats. Ainsi, les Genevois ont attribué 90 médailles d’or (pour des vins à plus de 88 points sur 100, soit davantage que le quota attribué de finalistes !), les Vaudois ont publié leur palmarès (170 vins à plus de 88 points) dans la revue «Le Guillon»… Les Valaisans, eux, réservent le palmarès «officiel» du Label Nobilis à cet hiver (mais les vainqueurs du printemps figurent sous www.vinea.ch, Nobilis édition 2005).
Des résultats forcément différents
Il reste pourtant à proclamer un palmarès national, cette fois sans pouvoir se défausser sur le verdict de «Vinum». L’an passé, la revue avait fait déguster les meilleurs vins par un jury «ad hoc» et proclamé son palmarès d’un Grand Prix suisse. Cette année, «il faudra faire comprendre au producteur pourquoi son vin, bien noté au niveau régional, n’a pas eu la même note au niveau national», explique Jürg Bussmann, le directeur de Swiss Wine Communication. Pour faire passer le message, le Concours National devrait être doublement encadré : par une commission technique, qui veille aux critères de dégustation, et par un «groupe neutre», qui analysera les résultats et jugera de leur représentativité et de leur conformité avec les concours internationaux, pour «augmenter la crédibilité du Concours National», explique M. Bussmann.
Subventionné par la Confédération, Swiss Wine Communication est tenue de servir tous les producteurs. Son ambition, affirme son directeur, est «de donner une plate-forme à la production pour améliorer les vins en les confrontant aux autres et aussi pour comprendre la perception du marché». Les 500 meilleurs vins désignés à Sierre (soit un sur deux) se retrouveront les 9 et 10 septembre en dégustation dans une friche industrielle zurichoise à la mode. Une «nuit blanche» unira les vins blancs à la musique disco le vendredi soir, tandis que le samedi, un «dîner de gala» mariera des plats suisses avec les vins victorieux à l’échelon régional. Des stands seront loués à une trentaine de producteurs, dûment choisis pour illustrer la diversité helvétique. Public visé : le grand Zurich, de Frauenfeld à Saint-Gall, soit 25% de la population suisse. Les Romands, eux, auront rendez-vous au Léman-Centre (Coop) de Crissier, du 12 au 24 septembre pour un festival des vins suisses.
Repêcher des chasselas?
En principe, ni à Zurich, ni à Crissier, on ne devrait savoir quels sont les mieux notés des vins suisses… Rien n’est encore décidé, mais leurs noms pourraient être révélés lors de la Berner Weinmesse, du 14 au 23 octobre. Le deuxième week-end, l’attention se portera sur les vins rouges, tandis que le premier, le «jour blanc» sacrera les vainqueurs de la première Coupe du Müller-Thürgau et de la catégorie chasselas du Concours National. «Vinum», partenaire de la coupe du cépage blanc alémanique, espérait poursuivre l’aventure de la Coupe Chasselas. A fin août, selon Jürg Bussmann, on en saura plus: la compétition pourrait redémarrer avant Noël, avec une assise plus représentative des vins romands. Ce nouveau «round» corrigerait deux défauts du Concours National : donner une seconde chance à des vins éjectés au premier tour par les jurés régionaux et les apprécier quelques mois après leur mise en bouteille. Car pour beaucoup de vignerons, les présélections régionales sont trop précoces. Ils jugent leurs vins pas prêts en mai. Et s’ils les présentent l’année suivante, ils n’en ont tout simplement plus à vendre!

Commentaire
La quadrature du Graal
Ce serait tellement plus simple si Robert Parker avait établi une hiérarchie des vins suisses en mettant tout le monde… en désaccord. Hélas, le gourou américain a toujours snobé les vins suisses, quantité négligeable à l’export. Ce complexe d’infériorité, les Helvètes veulent le corriger en «évitant la parkérisation des vins suisses». Des notes, d’accord, mais «objectives». La dégustation devrait marcher comme un chronomètre suisse… Mais on pourra multiplier les commissions et les avis d’experts : le résultat demeurera aléatoire. C’est l’homme qui déguste, et non une machine. Et comme personne ne peut apprécier tout seul les mille vins finalistes du Concours National, la dilution des avis des jurés prévaut, attestée par une «moyenne» qui reste relative, aussi mathématiquement exacte soit-elle. Il faut prendre les concours pour ce qu’ils sont : «un instantané au jour J, à l’heure H et à la minute M», métaphore horlogère d’un Suisse d’exportation, Michel Dovaz, membre du Grand Jury Européen. Reste donc à savoir si l’on peut communiquer sérieusement toute une année sur la base d’une dégustation par essence volatile. Plus la base est large, moins les risques sont grands, évidemment…

Article paru dans Hôtel + Tourismus Revue du 11 août 2005.