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Posté le 13 juin 2007 dans Vins français

Bordeaux — Le millésime 2006 vu par Jean Solis

Bordeaux — Le millésime 2006 vu par Jean Solis

Bordeaux primeurs 2006
Très bon millésime classique

terroirs affirmés, qualité hétérogène
Comme l'an passé, le dégustateur et désormais négociant en vins Jean Solis nous a fait l'amitié de nous communiquer son «rapport sur les bordeaux primeurs 2006». Une analyse de connaisseur, rompu à cet exercice difficile de déguster des échantillons prélevés sur barriques. Pour lui, «dans une année au climat contrasté et aux vendanges délicates, 2006 est un millésime de réussite sur les terroirs précoces, dans les crus à la viticulture de qualité où l'effet terroir est amplifié par les pratiques culturales». Ce texte est aussi paru dans le quotidien des affaires l'Agefi, du 8 juin 2007.
Par Jean Solis, dégustateur et importateur de vins
2006
se caractérise par des conditions climatiques inhabituelles, de fortes chaleurs en juillet et septembre, un mois d'août frais et des pluies assez intenses à la mi-septembre. C'est aussi un des millésimes les plus chauds de ces dernières années. Le début d'année fût frais et l'hiver pluvieux a permis de remplir les nappes phréatiques après la sécheresse de 2005. Le réchauffement lent entraîna un débourrement tardif début avril.
Un printemps sec

Le printemps fut sec, les mois d'avril et mai ensoleillés, aux températures agréables; juin, très sec et plus chaud, a permis à la vigne de rattraper son retard. La floraison s'est déroulée fin mai, début juin, de manière rapide et homogène. Juillet, sec et très chaud, a accéléré le cycle végétatif de la vigne et favorisé un arrêt de croissance précoce, juste avant la véraison.
En août, le temps frais et couvert provoque un ralentissement et un étalement de la véraison, mais est favorable aux cépages blancs pour la fraîcheur des arômes. Le déficit hydrique de juillet, maintenu en août, au cours de la véraison, a été favorable aux composés phénoliques de même que les nuits fraîches.
Avant ou après les orages

Septembre est contrasté. Le début du mois, chaud et sec, permet de récolter des raisins blancs, sucrés et très fruités, et relance la maturation des rouges. Les premiers merlots sont vendangés le 15 septembre. La deuxième décade de septembre est orageuse, avec des pluies importantes, variables localement (la région de Pessac-Léognan a été la plus épargnée); les risques de pourritures ont incité à vendanger plus rapidement que prévu. La fin de septembre, chaud et sec, permet la maturation des cabernets et des vendanges dans de bonnes conditions. En général les raisins sont mûrs. Les rouges, aux acidités faibles, fruités, ont un potentiel phénolique de bonne qualité. Les merlots sur argile et les cabernets sur les plus belles graves ont mieux résisté aux conditions climatiques. Les zones précoces sont favorisées, l'entrée du Médoc, Margaux, Pessac-Léognan, Pomerol et St-Emilion.
Rouges, blancs et liquoreux

Les vins rouges sont colorés, d'une bonne fraîcheur de fruit et complexité, aux tanins à la qualité variable, selon l'hétérogénéité des appellations.
Les vins blancs sont fruités, très aromatiques, au caractère minéral, et racés. C'est un très bon millésime.
Pour les vins liquoreux, l'alternance de fin août à début octobre, de périodes humides et de périodes chaudes et sèches, a favorisé l'installation de la pourriture noble. Les vendanges ont commencé tôt, vers le 7 septembre, après un développement rapide du botrytis (pourriture noble). Elles se sont échelonnées en trois ou quatre tries, au travers de fenêtres météo, entre les pluies, pour se terminer début octobre. Le choix de la date des tries et la sélection des raisins ont été déterminants pour rentrer une vendange d'une belle concentration avec des fruits frais et un bon équilibre acide. Les rendements sont plus faibles qu'en 2005; les meilleurs crus sur les terroirs favorables sont réussis, riches, d'une belle pureté et élégance. Les autres manquent de fraîcheur.
(En annexe, les étoiles du millésime, un tableau exclusif)Région par région, cru par cru
Après deux semaines de dégustations à l'Union des Grands Crus, dans les associations, groupements, syndicats et dans les châteaux, on a une vision globale du millésime, avec des préférences pour certaines régions cette année. D'une manière générale, j'ai été plus enthousiasmé par la qualité homogène des vins de la rive droite, notamment Pomerol, des vins des Graves et de ceux de l'entrée du Médoc, surtout les Margaux.
Les dégustations (réd: en mai 2007) ont été très intéressantes, les vins se présentant assez bien dans l'ensemble, avec une certaine franchise, de la fraîcheur de fruit et des identités affirmées, mais aux structures et masses tanniques évidemment très hétérogènes. Nous n'avons pas été gênés par les caractères végétaux, mais comme d'habitude, par quelques réductions CO2 sur échantillons.
Comme tous les ans, on retrouve des vins standard, riches, de fruit, au caractère variétal, au boisé présent, avec le même visage, flou, qu'ils soient de St-Emilion, St-Julien, Pauillac ou St-Estèphe, mais qui obtiendront la même note standard de certains journalistes. J'ai eu beaucoup de plaisir à goûter les beaux vins classiques de ce millésime très bordelais, qui enthousiasment par leur fraîcheur, leur dynamisme, leur expression de terroir et surtout leur équilibre et leur précision.

Médoc
Trois beaux vins. La Tour de By, au caractère frais, minéral, d'une belle tension. Potensac, impressionnant dans le millésime, par sa profondeur de fruit et sa chair. Goulée (de Cos d'Estournel), d'une belle intensité, très cabernet sauvignon, savoureux et persistant.

Haut Médoc
Deux vins hors classe: La Lagune, toujours d'une grande régularité, se distingue, avec un vin précis, minéral et entier, d'une persistance remarquable. Sociando-Mallet, d'une franchise et rigueur irréprochables, est sidérant par ses arômes de réglisse, de violette, sa fraîcheur, sa finesse de texture.
Ensuite, Belgrave est bien réussi: racé, avec une trame fine et soyeuse, un fruité bien mûr sur un boisé légèrement toasté. Reprise en main sérieuse de Camensac par l'équipe de Chasse Spleen: le vin a déjà gagné en finesse et précision. Cantemerle et Charmail sont bien structurés et s'affirment par leur caractère charnu et leur expression de petits fruits rouges écrasés.

Saint-Estèphe
Des terroirs en évidence dans un ensemble hétérogène. Coup de cœur pour Calon-Ségur, et bravo à M. Vincent Millet pour son entrée en matière avec 2006. C'est du beau Calon, racé et précis, de l'extrait de terroir. Un vin de plaisir. Cos d'Estournel séduit par la finesse et le velouté de sa texture, son caractère fumé, tout en ayant une certaine droiture.
Trois très bons vins sont tout proches: Montrose qui a changé, apparaît dans un style plutôt élégant, serré et droit, aux tanins fermes. Château de Pez, qui continue sa progression, est éclatant, par sa race, l'unité de sa texture et sa persistance. Belle réussite dans le millésime. Phélan-Ségur continue sur la lancée du 2005, avec un vin de bonne densité, racé et persistant.

Pauillac
Les Pauillac sont moins homogènes.

Les premiers crus sont très réussis, un ton en dessous des 2005, chacun dans leur style. Lafite séduit par sa race et son élégance, il est très classique, soyeux, d'une longue rétro-olfaction, surprenante. Un vin de grande classe. Latour, bien Latour dans son style, droit, linéaire, est un vin solide, encore austère, de terroir, à la masse tannique encore saillante. Mouton, dans la ligne des 2005, moins entier, au caractère minéral très affirmé, est remarquable par sa texture soyeuse et précise et la qualité de ses tanins. Vin très savoureux, à la finale réglissée.
Coup de cœur pour Grand Puy Lacoste, au caractère très Pauillac, toujours sidérant par son homogénéité, sa précision, sa race. D'une forte identité.
Ensuite un groupe de huit vins très proches, dans des styles différents. Le Petit Mouton et Les Forts de Latour sont très réussis dans les styles respectifs de leurs grands frères, avec des mailles moins serrées. Haut-Bages Libéral et Clerc Milon s'affirment par leur caractère entier, masculin, bien typé Pauillac. Batailley, au caractère plus fumé, et Haut-Batailley, sont bien typés, plus en fruit et bien étoffés. Ce dernier a gagné cette année en personnalité et en plénitude; il se repositionne dans la hiérarchie. Pichon-Longueville est bien équilibré, d'une belle fraîcheur de fruit, à la texture serrée, d'une belle droiture. Pichon Lalande qui a changé de visage se présente dans un style plus moderne, plus brut; la texture serrée est marquée par les fruits noirs mûrs et le boisé toasté, avec une pointe d'amertume finale.
Ensuite, cinq très bons vins typés, mais aux terroirs moins forts, d'une expression plus fruitée, plus souple: d'Armailhac, Carruades de Lafite, Duhart-Milon, Lynch-Bages et Pontet-Canet, plus moderne, présentant un fruit très mûr, un peu confituré.
Saint-Julien
Qualité plus hétérogène cette année.

En tête de l'appellation: Léoville Las Cases, au niveau des 1ers crus, est typé, masculin, droit, entier, très classique, avec de la sève. Un grand Las Cases. Très proche, Léoville Barton, d'une belle plénitude et complexité, est remarquable par sa droiture, sa masse compacte et son identité. Langoa Barton, très St-Julien, lui ressemble par sa minéralité; c'est un vin très éclatant, se démarquant par la finesse de sa texture et sa précision. Le St-Julien gourmand par excellence.
Quatre excellents vins leurs succèdent. Ducru-Beaucaillou, de forme plus verticale, se distingue par sa pureté, sa précision, son élégance et sa tension. Lagrange est très réussi par sa texture, la maturité de son fruit, la qualité de ses tanins, sa race. Talbot a progressé et est particulièrement réussi dans le millésime, il s'affirme par sa finesse et sa minéralité. Le Clos du Marquis est structuré, d'une densité impressionnante, c'est un des grands Clos du Marquis, très St-Julien, avec du poids.
Ensuite, trois beaux vins d'un bon volume, très charnus, plus en fruits qu'en terroir, au caractère moins incisif: Branaire-Ducru, Gruaud Larose et Léoville Poyferré.

MargauxL'appellation la plus homogène du Médoc.
Château Margaux
se détache avec un vin d'une grande pureté, profond, exprimant à merveille son terroir, dense, linéaire, d'une très belle unité et aux tanins fermes, enrobés. Très long.
Deux excellents vins lui succèdent. Coup de cœur pour Brane-Cantenac qui est très Margaux; il éclate littéralement, il est d'un superbe équilibre. Un grand vin complet, bien structuré. Durfort-Vivens, complexe, dévoile une belle masse de vin entière et compacte, au caractère plus masculin et d'une persistance étonnante.
Huit vins très bons à excellents suivent. Ferrière est un vin solide et charnu, au fruit bien mûr, et qui a du fond. Giscours, bien mûr, d'une belle densité et fine minéralité, est un peu marqué par le bois. Labégorce-Zédé, toujours d'une grande fraîcheur de fruit, est bien structuré, racé et d'une belle persistance. Malescot-St-Exupéry, plein et gras, entier, d'une belle masse de fruits mûrs, léger boisé en finale. Palmer, solide, est marqué par des fruits rouges très mûrs, un peu confits, sur un support tannique ferme; très persistant. Rauzan-Ségla, très typé, aux notes de rose fumée, est très équilibré, aux tanins fins intégrés, d'une belle persistance. Siran, très réussi dans le millésime, est un vin serré, compact, avec de la mâche, très persistant.

Moulis
Deux vins se distinguent. Chasse-Spleen est un vin pur et frais, à la texture serrée, racé et droit, avec de la sève. Poujeaux est dans un style plus en fruits et plus influencé par le bois, avec une pointe d'amertume en finale.

Listrac
Plus difficile, un vin s'affirme: Fonréaud, en progression, d'une belle fraîcheur de fruit, équilibré, bien structuré et droit.

Pessac-Léognan (rouge)
Beaucoup de beaux vins dans cette région favorisée.

Haut-Brion
est de nouveau impressionnant. Au premier abord, il est réservé, c'est du béton. On pénètre difficilement dans la chair, il est encore étanche, serré, très tannique; on découvre le caractère réglissé et minéral, lié aux tanins enrobés; la finale est persistante et puissante. Un vin sérieux, masculin, un des grands vins du millésime, construit pour l'avenir.
Deux vins exceptionnels très proches. La Mission Haut-Brion, c'est un coup de cœur, dense et minéral, c'est de l'extrait de fruits noirs, velouté, serré, avec beaucoup de gras, d'homogénéité, inépuisable. Vin d'une longueur impressionnante, d'une sève incroyable, le terroir éclate. Troisième coup de cœur pour Haut-Bailly, qui a maintenant fait sa place parmi les grands. Il a consolidé sa position. Ici, tout est pureté. C'est un vin d'une grande harmonie, ou le fruit frais est intégré au terroir, d'une superbe définition. Grand vin.
Deux excellents vins les côtoient. Pape Clément est supérieur à 2005, moins confituré, d'une belle densité et d'une forte expression de terroir, racé et goûteux. Smith Haut Lafite, c'est le plus beau Smith que j'ai goûté, plein, dense, charnu, homogène, d'un superbe équilibre, au terroir affirmé, sur une masse tannique fine, d'une longueur remarquable.
Ensuite, quatre très beaux vins. Bahans Haut-Brion est charnu et très savoureux, bien typé avec sa force de terroir et sa finale, longue, tannique et réglissée. Domaine de Chevalier, d'une belle droiture et précision, se distingue par la qualité remarquable de sa texture, la maturité de son fruit, sa persistance aromatique et sa fine minéralité. La Chapelle de la Mission Haut-Brion, après la disparition de La Tour Haut-Brion, a gagné, cette année, en volume. La texture est serrée, lisse et charnue, avec de la sève et la finale est longue sur le terroir. Ce vin bien charpenté est une belle affaire dans le millésime. La Tour Martillac est intéressant par sa fraîcheur de fruit, sa rigueur et l'affirmation du terroir; il a gagné en équilibre et finesse des tanins.
Parmi les huit très bons vins typés restants, je voulais surtout noter la progression de deux châteaux, Bouscaut et Olivier, qui surprennent cette année par leur pureté et leur définition.

Saint-Emilion
De nombreuses et très belles réussites, surtout sur le plateau.

Les deux premiers crus classés A se détachent: Ausone séduit d'entrée par son intensité aromatique, ses arômes de fruits noirs, de myrtilles, par sa texture fine et serrée évoluant de manière linéaire sur une forte minéralité; belle race. Cheval Blanc, réglissé, avec sa chair fraîche, sa texture légèrement granuleuse, est un vin frais, classique, peu alcoolisé, aux tanins doux, très persistant. Belle musique, superbe équilibre.
Très proches, sept vins excellents. Coup de cœur aussi pour Belair. Très beau travail avec la complicité des Ets Jean-Pierre Moueix. C'est un grand vin de plaisir, sensuel par le toucher de sa texture soyeuse, au fruit rouge pur sur fond de calcaire. Quelle persistance sur le fruit, quelle élégance! Belle entité sans maquillage. Canon est superbe, c'est la remontée de Canon; c'est une belle définition du St-Emilion du plateau, par l'élégance de son fruité, la finesse et le velouté de sa texture entière et son support minéral caractéristique. Figeac, typé, se distingue par son registre aromatique particulier de fruits frais, de mocca, son caractère salin. Il est dense, charnu, au caractère masculin. C'est un vin racé et vineux qui a du poids et du potentiel.
Coup de cœur pour Fonroque, qui séduit par sa définition et sa clarté. C'est un vin d'une pureté aromatique exemplaire, aux fruits rouges élégants, intégrés à une trame fine et précise, avec une très belle notion de minéralité. Très belle ascension de la propriété, menée en culture biodynamique par Alain Moueix. C'est le St-Emilion du futur!La Mondotte exprime merveilleusement son terroir dans un équilibre parfait. Ses petits fruits noirs mûrs, imbriqués dans une texture ferme d'une belle droiture, collent au fond minéral. Grande allonge. Troplong-Mondot surprend par sa grande concentration de fruits frais, de mûres, soudés à la notion de calcaire. Il est charnu, volumineux, au caractère minéral affirmé avec beaucoup de sève. Trotte Vieille, d'une belle densité et d'une belle droiture, montre, avec élégance, un fruit rouge parfaitement mûr. C'est un vin savoureux, racé et minéral, d'une très longue persistance.
Ensuite, un bloc de 17 très beaux vins, difficiles à départager, ayant leur propre style, leur caractère tranché, et qui valorisent l'appellation. Chapelle d'Ausone, de l'Ausone en plus aérien. Angélus, frais et fruité, dans un style plus élégant. Bellefont-Belcier, d'une superbe élégance. Bellevue-Mondotte, structuré et minéral, un peu marqué par le bois. Berliquet, vin précis et savoureux. Canon-La Gaffelière, dense et rigoureux, le plus beau vin du domaine. Grand Corbin, velouté et fin, vin de plaisir. L'Arrosée, soyeux, gourmand, d'une belle pureté. La Dominique, changement de style, plus en chair, mais le terroir reste. La Gaffelière, en fruit mûr, sur fond minéral. La Serre, très précis et incisif. Magdelaine, longiligne, long et savoureux. Moulin St-Georges, à la texture fine et aux fruits bien mûrs. Pavie, structuré, aux fruits surmûrs et marqué par le bois. Pavie-Macquin, belle plénitude, aux fruits mûrs confits. Rol Valentin, belle définition, équilibré, racé. Valandraud, structure, densité et maturité du fruit.

Côtes de Castillon
Trois propriétés en tête: Château d'Aiguilhe, très réussi, avec une texture fine, d'une belle droiture. Coup de cœur: Clos Puy Arnaud, pureté de fruit, texture serrée au grain fin, d'une belle persistance, savoureux. Domaine de l'A, très beau volume de fruits rouges mûrs, charnu.

Pomerol
De très beaux Pomerol aux terroirs valorisés.

Je voudrais féliciter les Ets Jean-Pierre Moueix qui ont réussi un tir groupé avec des Pomerol fins, précis et qui expriment à merveille leur terroir. Pétrus est exeptionnel. C'est un grand vin, d'une grande classe, hors norme: vin d'une minéralité impressionnante, monolithique, une tranche de terroir. On est sidéré par sa fraîcheur, sa masse compacte, son caractère entier, carré où le fruit est encastré dans le terroir. Un grand Pétrus. L'un des plus grands vins du millésime.
Trois vins lui sont très proches par leur forte personnalité. Lafleur est aussi impressionnant par son austerité du moment et sa forte minéralité. On quitte la notion de fruit rouge pour s'enfoncer par transparence dans la terre, la grave, le caillou. C'est un grand vin, d'un bloc, d'une superbe épaisseur, racé, d'une sève exceptionnelle. L'Eglise Clinet est enchanteur par sa très belle maturité de fruit, sa complexité aromatique évoluant sur les épices orientaux, sa texture, serrée, dense et juteuse, d'une belle droiture, sa finale longue sur ce terroir à forte minéralité, au caractère fumé. Trotanoy, moins caractériel qu'à l'habitude, est savoureux, d'une superbe maturité, solide, complet, d'une belle unité, à la chair croquante, d'une longueur exceptionnelle. Le terroir explose en rétro-olfaction.
Huit excellents vins leurs succèdent. Certan de May est d'une grande fraîcheur de fruit sur fond minéral, d'un bloc. C'est un vin solide, viril, très long, la force du terroir est presque métallique. Gazin est très bien réussi, avec ses fruits mûrs, ses notes d'épices, dans un ensemble gras, structuré et vineux, avec beaucoup de sève. Hosanna, profond, au terroir fort, violent, nous prend par sa générosité. Il est à la fois dense, compact, gras et velouté avec ses fruits bien mûrs, ses épices, ses raisins de corinthe; il est très savoureux et d'une superbe allonge. Le terroir éclate en final. Le Gay, c'est un vin puissant, gras, de caractère avec de la race, de la force, marqué par son terroir, presque ferrugineux. Très long, quelle expression de terroir! L'Evangile séduit par sa texture grasse au grain très fin, son onctuosité, sa chair et sa race; il est très savoureux et d'une longue persistance sur des notes fumées du terroir. Lafleur-Pétrus, généreux et savoureux, est un vin plein, gras, d'un bon volume, gorgé de fruits rouges mûrs, d'épices, à la texture soyeuse et fine; la finale est très longue sur les épices et d'une fine minéralité. Latour à Pomérol, d'une grande pureté, est tout en élégance et précision. Il a une belle tension, la finale est longue, le terroir fort bien exprimé. Vieux Château Certan, d'une grande fraîcheur, aux arômes de petits fruits noirs, d'épices, surprend par sa plénitude, sa texture serrée, grasse, sa chair; c'est un vin musclé et tannique, à la finale ferme et persistante.
Très proches, onze vins superbes complètent le palmarès, remarquables par leur structure, complexité et forte identité. Bourgneuf-Vayron, racé et très goûteux, continue sa nette progression depuis 2005. Certan-Marzelle, Clinet, Clos l'Eglise, Feytit-Clinet, structuré en pleine ascension, La Conseillante, La Fleur de Gay, La Grave à Pomerol, Nénin, Providence et Rouget.

Lalande de Pomerol
Un vin, Les Cruzelles de Denis Durantou, se distingue nettement dans l'appellation par la forte expression de son terroir qui l'apparente plutôt à un Pomerol.

Fronsac
Coup de cœur pour Château La Rousselle de Viviane Davau, toujours remarquable par sa pureté, sa finesse de texture et sa définition. Un vrai vin de plaisir. Château du Gaby, fin, d'une bonne densité, est aussi bien réussi et racé dans l'appellation.

Pessac-Léognan (blanc)
De superbes blancs rappelant le millésime 1996.

Haut Brion Blanc
est un vin exceptionnel. C'est toujours une émotion de goûter ce vin pur, incisif et minéral, d'une épaisseur de vin sortant de l'ordinaire. Dans un registre plus sauvignon cette année, il offre une belle complexité aromatique, avec ces notes de petits citrons verts, d'anis, d'agrumes confits, d'épices. La bouche est grasse, d'une fraîcheur de fruit étonnante, entière jusqu'au bout, aux arômes explosifs en finale, dans une longue persistance.
Deux autres vins d'exception, plus ouverts, plus immédiats, sont très proches. Laville Haut-Brion est séducteur par son caractère très aromatique d'agrumes confits, de pêches blanches, par sa plénitude, sa chair, son volume, son côté pulpeux, son fruité éclatant. Il est d'un superbe équilibre, d'une belle unité et d'une forte persistance sur le fruit et la minéralité. Domaine de Chevalier: on est pris par le vin d'entrée, par son bouquet subtile, intense, profond et aérien en même temps, aux notes minérales, de citronelle, d'agrume, de litchi. Sa bouche est pleine, large, pulpeuse, c'est une boule de fruit entière jusqu'au bout.
Ensuite un groupe de cinq vins, frais et charnus. Fieuzal est intéressant par son intensité aromatique, sa complexité, son volume et sa finale vivante et fraîche. Carbonnieux est un vin généreux, marqué par les agrumes mûrs et les épices, à la finale persistante sur le terroir. La Garde, très pur, d'une belle élégance, aux notes minérales et anisées, est bien typé Graves, très incisif, d'une belle définition, ciselé. La Louvière, d'une belle pureté, entre l'anis, le citron, la minéralité, est d'une grande fraîcheur de fruit, d'une belle transparence. C'est un vin savoureux, à la finale fraîche sur les agrumes. La Tour Martillac est un vin frais et rigoureux, avec du punch, évoluant sur la minéralité; il est équilibré, précis, et succulent.

Sauternes
Un vin exceptionnel: Château d'Yquem (14° – 125 g de sucre) est pur, profond, d'une belle concentration et fraîcheur de fruit. La texture est dense, serrée; il est charnu, opulent, d'un superbe équilibre, avec de la rigueur et un bon support acide. Il est entier, d'un bloc, aux sucres parfaitement intégrés. Un Yquem d'un grand potentiel.
Deux excellents vins: Climens, 100% ssémillon (13,5° – 150 g de sucre), très réussi, se distingue par sa pureté et son élégance. Il a une très belle liqueur et un superbe équilibre, il est cristallin, d'une belle épaisseur, à la finale très persistante. Et Nairac (13° – 155 g de sucre), superbe Barsac, dans la lignée des 2004 et 2002. Il est remarquable par sa fraîcheur de fruit, sa définition, son dynamisme, l'équilibre de sa liqueur et son homogénéité. Très belle allonge, sur les agrumes, le zeste de petit citron vert, au caractère gourmand et aérien.
Ensuite, cinq très bons à excellents vins. Doisy-Daëne se distingue par sa fraîcheur, sa bouche grasse marquée par des fruits confits et équilibrée par un bon support acide. Château de Fargues, Sauternes d'une belle richesse, dense, très liquoreux, aux arômes d'agrumes confits, évolue en finale sur des notes orangées. Guiraud, marqué par des fruits bien mûrs, est assez riche et sucré à l'attaque, équilibré ensuite par l'acidité; la liqueur finale est tout en finesse, sans amertume. Château de Malle, bien réussi, se distingue par sa bouche très charnue, aux notes de fruits exotiques de mangue; c'est un vin musclé, équilibré, d'une belle persistance. Rayne-Vigneau, pur, intense, aux arômes frais d'agrumes, de citrons confits, plaît par sa bouche pleine, fruitée avec un bon support acide, de la chair fraîche. Superbe équilibre et précision, belle longueur.

Eclairage
Le marché

Après la forte augmentation des 2005, on s'attendait à une chute des prix assez significative à la sortie des primeurs, mais début mai, en début de campagne, on observait une légère baisse de 5 à 6% seulement. Le marché est frileux. Aujourd'hui (réd: début juin 2007), le point sur la campagne nous annonce une baisse moyenne des prix des grands crus et assimilés de 10% (avec de grandes variations de -2 à -27% selon les crus). Les grandes marques ne sont pas encore sorties, mais leurs prix devraient baisser, pour relancer le marché, surtout à l'export, vu la valeur élevée de l'euro.
Le pourcentage vendu des grands crus et assimilés représente 77% des vins offerts sur le marché.

Jean Solis propose sa propre sélection de bordeaux 2006 primeurs, le contacter par info@jeansolis.ch

En annexe, les étoiles du millésime, un tableau exclusif.

© Jean Solis/juin 2007/ reproduction interdite, sauf autorisation écrite expresse.