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Posté le 8 septembre 2014 dans Tendance

A Vérone, au cœur de l’Amarone

A Vérone, au cœur de l’Amarone

Vérone, la ville de Roméo et Juliette, rayonne au printemps. Avec Vinitaly, début avril, elle est la capitale du vin. Adossée aux monts Lessina, elle se révèle l’été, quand les arènes romaines résonnent des airs d’opéra. Goûts et musique !

«Vérone possède deux âmes, elle est rigide et enjouée, conservatrice et rebelle, traditionnelle mais vivante, nordique et latine». Personne mieux que le dessinateur de BD Milo Manara, né dans le haut Adige, le fleuve qui arrose la ville, n’a mieux résumé cette ville, où il a suivi le lycée d’art.

Paysage typique de la région de l'Amarone, avec des vignes en pergola.

Paysage typique de la région de l’Amarone, avec des vignes en pergola.

Aussi riche d’églises et d’estaminets, disait-on au 18ème siècle déjà, elle fait penser à Rome autant qu’à Florence. C’est dire ! A la première, elle ressemble par ses arènes, riches des saisons d’opéra, populaires. Ah, il faut avoir vécu dans ses gradins de pierre brute un un soir d’orage et qu’on ne voit sur scène que des chanteurs s’époumonant sur Nabucco, tandis que le vent emporte paroles et musique au-delà des hauts murs romains !

Un vin capiteux né du hasard

Un tel soir, alors que la représentation était suspendue, on était allé dans la rue, à deux pas, écluser une bouteille d’amarone. Le dessinateur Manara, connu pour ses créatures érotiques, a dessiné le label d’une cuvée de ce vin capiteux, avec un clin d’œil à Klimt, pour la coopérative de Negrar. C’est là que tout a commencé, il n’y a pas si longtemps. Ce rouge, dont le secret réside dans l’«appassimento» (le sèchage) des raisins de variétés locales aux noms de ritournelle (corvina, corvinone, rondinella et molinara), sur des plateaux de bois, fait aujourd’hui un tabac, notamment en Suisse. Il vient de rejoindre, avec le millésime 2010, le panthéon des vins italiens, la dénomination d’origine contrôlée et garantie (DOCG), où se bousculent, il est vrai, une cinquantaine de crus de la Botte.

L'Amarone est vieilli dans de grands fûts de chêne de Slavonie, à la Cantine de Negrar.

L’Amarone est vieilli dans de grands fûts de chêne de Slavonie, à la Cantine de Negrar.

Ce vin, qui fait le succès de toute la région de la Valpolicella (13,5 millions de bouteilles vendues ces dernières années), est né par hasard dans la cave de Negrar, en 1938. A l’époque, on connaissait un vin sec et rude, le Valpolicella, ce «valpo’» qui sera aussi dans les années 70 le vin des immigrés italiens en Suisse. Et une version douce, déjà obtenue par des grappes séchées le long de fils, le «reciotto». Une cuve de ce vin liquoreux, consommé dans les grandes occasions, à Noël et à Pâques, était partie en fermentation spontanée. Le maître de chais s’exclama de dépit : «Mais il est très sec !» Et le gérant de la coopérative ajouta «oui, un peu», soit, en italien, ce diminutif ,«amarone». Une légende était née du hasard !

Une taverne sauvée par miracle

Des contes et légendes, Vérone en a fait son miel. Le grand Shakespeare s’inspira d’auteurs locaux pour décrire l’histoire de Roméo et Juliette, qui est celle, sanglante, des Montaigus et des Capulets. Pour Manara, pas de hasard : c’est parce que la ville «oscille entre deux pôles». Et c’est encore vrai aujourd’hui, où les caves coopératives, mais aussi des négociants prêts à céder à vil prix des amarone mis sur le marché trop jeunes (juste après les 3 ans de vieillissement légaux), s’opposent à une douzaine de maisons traditionnelles. Les Tedeschi, les Masi, Tommasi, Speri, Zenato et autres Allegrini, maisons traditionnelles ou modernistes, se sont profilées elles-mêmes comme «Le Famiglie dell’Amarone d’Arte».

A Vérone, elles ont sauvé de la ruine un lieu mythique, non loin de la «maison de Juliette», lieu de pèlerinage kitsch des amoureux de la planète, la Bottega del Vino, néo-gothique. Dans un décor de taverne qui doit plus à Breughel qu’au subtil Véronèse, on y sert des plats robustes de la tradition culinaire locale, avec les amarones des «familles». Un régal ! Avant de rejoindre la Suisse, par Milan, le Gothard ou le Simplon, en train Cisalpino, qui s’arrête sur le chemin de Venise…

Musées, avec de belles expositions au Palazzo della Gran Guardia (en 2015, dès le 4 avril, Art & Wine, avec des chef’d’oeuvre d’Arcimboldo, Caravage, Tintoret, Titien, Goya, Monet, Magritte et Picasso), Piazza del Erbe, sa tour des Lamberti et son marché, remarquables églises, San Anastasia aux peintures de Pisanello, dôme aux sculptures de Nicolò, et la romane San Zeno Maggiore, un peu à l’écart du centre, très vivant, assurent un vernis culturel à l’épicurien de passage. L’arrière-pays vaut le détour, avec ces vignes et cyprès, qui rappellent Florence et la Toscane.

Y aura-t-il de l'Amarone 2014? Certains ont renoncé, extimant que seul un moyen artificiel (comme un ventilateur) permet d'assurer le passerillage, tandis que le Consorzio veut limiter à 35% (au lieu de 50%) la quantité de raisins aptes à être passerillés, en raison d'un été très pluvieux et pas assez ensoleillé.

Y aura-t-il de l’Amarone 2014? Certains producteurs, comme Bersani, y ont renoncé, estimant que seul un moyen artificiel (tel ce ventilateur) permet d’assurer le passerillage, tandis que le Consorzio limite à 35% (au lieu de 50%) la quantité de raisins aptes à être passerillés, en raison d’un été très pluvieux et pas assez ensoleillé, obligeant les viticulteurs à trier sévèrement leurs raisins.

Nos adresses hors Vérone

Costa degli Ulivi

A mi-chemin du très touristique lac de Garde et de la ville, dans les collines couvertes d’olivier (très bonne huile, aux goûts subtils et délicats, protégée par une AOP !), cet agritourisme propose d’agréables chambres, non loin de Fumane et de sa grotte (à visiter). En effet, Valpolicella signifiait la «vallée des caves» (grottes dont on extrayait le marbre rouge de Vérone).

www.costadegliulivi.com

Massimago

Depuis le 19ème siècle, on fait du vin dans cette belle propriété, qui offre des chambres en maison d’hôte de charme. Jusqu’en 2003, le raisin était livré à la coopérative, mais Camilla Rossi Chauvenet a décidé de l’élever et de le mettre en bouteille.

www.massimago.com

Buglioni

Toutes les grandes caves (Masi, Bertani, Tommasi) se visitent sur inscription. Il est encore plus agréable de partager le quotidien d’un domaine viticole, avec chambres et restaurant. Les 20 hectares sont cultivée selon le système traditionnel de la pergola.

www.buglioni.it

Villa Aldegheri

Mettez ensemble une décoratrice et un Florentin, et ils vous transformeront une spartiate demeure du 15ème siècle en oasis de raffinement, avec spa, hammam et sauna. Une résidence luxueuse à deux pas de la ville, où on organise aussi cérémonies et mariages.

www.villaaldegheri.com

Auberge les «13 communes»

Dans la montagne, aux portes du parc naturel du massif della Lessinia, une auberge, avec chambres rustiques, où il fait bon manger. Idéal pour la promenade, avec un accent sur le VTT, dont la région s’est faite une spécialité, avec de nombreux parcours balisés, entre 1200 et 1800 m. d’altitude : idéal pour prendre le frais quand il fait chaud en plaine…

www.13comuni.it

Reportage paru dans Encore! du 7 septembre 2014.