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Posté le 2 avril 2015 dans Vins français

Bordeaux 2014: des 2008, mais en plus cher!

Bordeaux 2014: des 2008, mais en plus cher!

La semaine des Primeurs des vins de Bordeaux, rendez-vous unique qui permet aux professionnels de jauger la qualité du millésime 2014 avant même de passer leurs ordres d’achat, s’est ouverte lundi 30 mars 2015. Mais sans mise à prix cohérente, « le système se brisera », s’alarment les experts, écrit Laurent Abadie, dans une longue dépêche publiée par le site du magazine Le Point. Certains journalistes affirment que le millésime ressemble à 2008, d’autres au très lointains 1953 et 1962, qui avait eu le tort d’arriver après l’historique 1961…

Rappel du système: payer une bouteille deux ans avant sa livraison en échange d’un rabais, telle est la raison d’être de ce rendez-vous vieux de 40 ans qui attire l’attention deux mois durant des acheteurs du monde entier. Car après avoir été goûtés par les professionnels, les critiques, également présents, attribueront leurs notes de dégustation aux 250 châteaux haut de gamme qui écoulent de 70 à 90% de leur production via le marché des primeurs. Ensuite, avant la fin du mois de mai, ce sera aux propriétaires de ces châteaux de fixer leur prix aux négociants, chargés alors d’écouler les bouteilles aux quatre coins du monde.
Et c’est là que le bât blesse. Car pour qu’une campagne primeurs fonctionne, il faut que tout le monde y trouve un intérêt financier. La propriété, qui récolte des liquidités lui permettant de financer la prochaine récolte, mais aussi le négociant, le distributeur et le consommateur, qui peuvent, par le jeu des primeurs, se procurer un vin à un prix inférieur d’au moins 20% à celui qui sera appliqué lors de sa mise sur le marché, deux ans plus tard.

Un système condamné?

« L’intérêt de tout le monde est la règle de base », souligne le président honoraire du syndicat des courtiers de la Gironde, François Lévêque. « Or, lors des mises en marché des millésimes 2010, 2011, 2012 et 2013, cette règle n’a pas été respectée. Et dans la majeure partie des cas, les prix des sorties « primeurs » ont été trop élevés et n’ont pas permis de dégager la marge qu’était en droit d’attendre l’acheteur quand il pré-finance l’achat d’un vin ». « Le marché attend de la cohérence sur les prix, ce que l’on n’a pas eu depuis des années, et sans cela le système se brisera », insiste-t-il. « Cette année, ça passe ou ça casse » car « on peut se poser la question de savoir si les primeurs continueront ou pas », avertit M. Lévêque (réd.: on le disait l’an passé et après 2005… sans que rien ne se passe ou se casse…)
Le vice-président du syndicat des négociants de la Gironde réfute cette prédiction, misant cette année sur « un millésime de qualité » succédant à une récolte 2013 qui a déçu et tiré les prix vers le bas. « Comme le prix du 2013 servira de base pour le 2014, il y a un parfum de bonne affaire », estime Georges Haushalter.
« Si rien n’a été vendu pour le 2013, c’est qu’il était de 30% en moyenne plus cher qu’un 2008, équivalent en terme de qualité », lui rétorque un expert en grands crus de la place bordelaise. Selon lui, « 2014 est une occasion unique de revenir à la raison, il faut que les propriétaires soient très vigilants sur les prix ».

Le cabernet sauvignon mieux loti que le merlot

L’ensemble de la filière s’accorde sur la qualité du 2014 qui, sans être exceptionnelle au regard des trois derniers grands millésimes qu’a connus Bordeaux (2005, 2009 et 2010), satisfait les observateurs.
« Les vins blancs secs et liquoreux sont excellents, les rouges plutôt réussis », souligne le professeur Denis Dubourdieu, directeur de l’Institut de la science de la vigne et du vin à Bordeaux et propriétaire de plusieurs châteaux. « Les blancs secs sont fruités, denses, soutenus par une acidité inaccoutumée à Bordeaux. Les grands vins liquoreux sont également de grande qualité mais faible quantité. Les rouges sont incontestablement meilleurs que ceux de 2013 et le millésime est porté par les cabernets, tant francs que sauvignon, qui ont pleinement profité de l’arrière-saison », écrit-il.

Retour de la Chine?

Autre terrain d’entente, la bonne santé économique des grands marchés de Bordeaux à l’export, notamment les États-Unis, la Grande-Bretagne et l’Allemagne. La Chine, malgré un recul de 19% en volume et 21% en valeur après des années de hausse, sera de nouveau au rendez-vous au regard de son marché croissant.
La parité euro/dollar, si elle n’a pas d’incidence sur les marchés français et européens, première destination des vins de Bordeaux, a déjà eu un impact positif sur le marché des millésimes anciens avec une augmentation des transactions enregistrées par les propriétés, écrit l’AFP, dans sa dépêche datée du 1er avril 2015.