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Posté le 24 février 2016 dans Vins suisses

Vins du Valais : que veut vraiment l’IVV ?

Vins du Valais : que veut vraiment l’IVV ?

L’Etat du Valais et l’Interprofession de la vigne et des vins du Valais (IVV) doivent se mettre d’accord ce printemps sur les points d’une nouvelle ordonnance sur la vigne et le vin (remplaçant celle du 17 mars 2004). Les deux parties pourront-elles tomber d’accord ? Et sur quels chapitres ? Le point avec Yvan Aymon, le président de l’IVV (février 2016).

Par Pierre Thomas

L’Etat a mis en consultation un projet d’ordonnance. Il a été jugé insatisfaisant par l’IVV. A Agrovina, à Martigny, fin janvier 2016, les vignerons ont pu s’expliquer avec leurs représentants — on n’y était pas. «Nous devons trouver une solution qui satisfasse la branche», pose d’emblée M. Aymon. La discussion tourne autour des acquits : jusqu’ici, la «globalisation» permettait de respecter des minimas largement compensés. Plutôt qu’une tolérance de 5% sur tous les cépages, l’IVV préférerait une compensation de 10%, «traçable», par catégorie de cépages. De même, elle estime «déraisonnable» de décréter une petite arvine 100% pure pour la totalité de l’AOC, principe admis pour ce seul cépage par le Grand Conseil valaisan, à l’égal du fendant. Mais c’est surtout «pour les rouges qu’il faut trouver une certaine souplesse», estime M. Aymon.

Segmenter l’AOC… par le haut

L’IVV s’en tient aussi à la «segmentation de l’AOC» : «Il n’y a rien de neuf, puisqu’on en parlait déjà dans Viti 2006». Pour M. Aymon, il s’agit de «se mettre d’accord sur le haut de la pyramide et de règler la question de ce qu’on veut faire de mieux.» Le Valais, rappelle-t-on, interdit le coupage avec des vins d’une autre région (ce qui n’est pas le cas pour la plupart des autres cantons, tous souverains en matière d’AOC). Dans l’esprit de l’IVV, les copeaux et le moût concentré rectifié (MCR) serait toléré pour une partie de l’AOC, à la condition de l’indiquer sur l’étiquette. La réglementation des Grands Crus, dont la définition dépend des communes, et une «marque distinctive», dont le cahier des charges est à créer (mais l’IVV l’a déjà couché sur le papier), seraient plus restrictifs. «Sur une partie de nos vins, nous avons intérêt à autoriser les copeaux et le MCR, pour combattre à armes égales dans un marché globalisé», estime M. Aymon. Sur quelle partie ? La moitié des vins du Valais devraient appartenir au haut du panier (marque distinctive et Grands Crus) «dans un délai de 5 à 10 ans».

Compatible avec l’AOP – IGP ?

Le Conseil d’Etat valaisan, dans sa réponse au projet «Viti horizon 2020», encourage vivement l’IVV à travailler dans la direction d’une mise à niveau des normes suisses avec la législation européenne. «On ne peut pas attendre 2019, ou plus tard, les discussions à Berne. Notre système va dans le sens de la nouvelle législation : les vins avec signe distinctif pourraient devenir les AOP et le reste de l’AOC actuelle serait classée en IGP», estime le président de l’IVV. «Il ne s’agit pas de partir de zéro et d’échafauder un système idéal. Toute mesure a un impact économique. Par exemple, passer la Dôle en vin de pays, selon la législation actuelle, reviendrait à la déclasser et à en faire immédiatement baisser le prix», soutient le président de l’IVV, qui préfère commencer par «tirer vers le haut la pyramide».

La marque distinctive, qui pourrait être le sigle «Marque Valais», qui existe depuis 2003, et qu’Yvan Aymon a contribué à lancer, ne risque-t-elle pas d’être un alibi pour alléger l’AOC ? «Le risque existe, mais est limité, on a déjà un accord de certaines caves pour mettre suffisamment de bouteilles sur le marché. La communication sera principalement axée sur les vins labellisés «Marque Valais », on communique toujours sur le meilleur !» Depuis 2016, des projets à hauteur de 700’000 francs ont déjà été transférés de l’IVV à Valais-Wallis Promotion, organisme en charge de la promotion de la «marque Valais», dans le cadre d’une redistribution des tâches voulue par l’Etat.

Copeaux et «sirop» divisent

L’éventuelle autorisation des copeaux et du MCR en AOC a incité une soixantaine de vignerons-encaveurs, certains parmi les plus connus, à signer une lettre «ni copeau, ni sirop». «Je respecte l’avis de ces caves, mais elles auraient dû passer par leur association plutôt que par les médias. Chacun doit défendre son intérêt, mais comprendre aussi celui des autres familles. Le Valais vitivinicole aura du succès seulement si toutes les familles ont du succès», affirme le président de l’IVV.

Le débat sur les copeaux et le MCR fait rage dans tous les cantons : Vaud l’a interdit en AOC, Genève et Neuchâtel paraissent divisés. «Sur les copeaux et le MCR, on souhaite une solution identique pour toute la Suisse», affirme Yvan Aymon. Et l’IVV a écrit au Conseil d’Etat pour que l’indication de l’utilisation soit des copeaux, soit du MCR, figure clairement sur les étiquettes des vins. Lorsque ce double sujet a été renvoyé de Berne aux cantons, le Valais avait été le premier à proscrire ces deux adjuvants, «mais, dans notre esprit, pour une durée limitée». En absence d’entente entre dans la branche, le Conseil d’Etat devra trancher.

Pour assurer la promotion des vins, l’IVV propose aussi de doubler progressivement sur quatre ans les redevances, qui passeront de 2 centimes à 4 centimes par kilo et par litre de vin (à raison d’une hausse de 0,5 ct par an). L’augmentation sera votée chaque année selon la situation du marché et les résultats de la promotion. La Chambre d’agriculture a déjà donné son aval. L’IVV tiendra sa prochaine assemblée le 23 mars — on saura alors sur quels points l’interprofession et le gouvernement ont pu se mettre d’accord.

Paru dans Hôtel & Gastronomie Hebdo du 24 février 2016

©thomasvino.ch