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Posté le 26 octobre 2016 dans Tendance

Concours national des vins 2016  GPVS ? Grand Prix du Valais (Suisse)

Concours national des vins 2016
GPVS ? Grand Prix du Valais (Suisse)


Cela va finir par se savoir : le Valais, principal canton viticole, avec un peu moins de 5’000 hectares, soit un tiers de la surface du vignoble suisse, produit les vins les plus intéressants du pays. Il suffit de prendre connaissance des résultats du 10ème Grand Prix du Vin Suisse, proclamés le mercredi 26 octobre à Berne, pour s’en convaincre : une razzia sans précédent ! Le Wankdorf sourit au FC Sion comme le Kulturcasino aux vignerons de tout le Valais.

Par Pierre Thomas

On savait que le «prix spécial» de la 10ème édition ne pouvait échapper à Adrian et Diego Mathier, Nouveau Salquenen, à Salgesch (VS), premier vainqueur du GPVS, puis récidiviste, ou alors à Provins-Valais. C’est donc le premier qui l’emporte. Mais l’«effet Lötschberg», soit l’ouverture du tunnel ferroviaire qui a rapproché le Valais de la ville fédérale (sans le détour de Lausanne !), est une épidémie aussi ravageuse que le mildiou — mais en plus positif. Le prix de la Cave de l’année 2016 revient ainsi à la Régence Balavaud, à Vétroz, qui a changé d’œnologue il y a quelques mois: 2015 était même le premier millésime de Julien Fournier! Et le coup de cœur en vin blanc revient à la petite arvine de Saillon 2015, Grand Cru, de la Cave Corbassière, de la famille Cheseaux, à Saillon. Un très joli vin que j’ai dégusté au débotté à Vinea, en septembre, l’un des organisateurs du GPVS, avec le magazine Vinum et le parrainage de la Coop, notamment.

Dans les prix spéciaux, le Vaudois Reynald Parmelin, du Domaine de la Capitaine, un des principaux vignerons bio de Suisse, reçoit une fois de plus la distinction bio, avec un pinot noir Vieilles Vignes de Begnins 2015. Le coup de cœur rouge (prix Vinissimo) revient à une région championne du pinot noir, les Grisons, mais avec un assemblage, la Cuvée Rouge 2013 de Lampert’s Weingut Heidelberg, à Maienfeld. Un vin qui, soit dit en passant, paraît bien plus international que suisse, avec une forte touche de boisé résineux! Tous ces prix ont été décernés par un jury international de dix membres, dont Paolo Basso, le meilleur sommelier du monde 2013 (je n’en étais pas, mobilisé sous des cieux asiatiques), qui ont redégusté à mi-août les vins pré-sélectionnés à fin juin par un large jury, à Sierre.

Six triplés valaisans

Le panachage de ces prix spéciaux paraît harmonieux. Mais, dans les 12 catégories de vins jugés les meilleurs des 2864 vins de 560 producteurs, sur les 73 vins nominés, la moitié des catégories sont remportées par des vins valaisans. Et dans ces six catégories, le podium des trois premiers est, de surcroît, entièrement valaisan ! Ainsi, trois chasselas vaudois n’ont pas pesé lourd derrière trois fendants. Robert Taramarcaz, avec sa cuvée «classique» 2015 du Domaine des Muses l’emporte, devant Rêverie 2015 de la Cave de l’année, la Régence Balavaud, et La Guérite 2015, de Maurice Gay SA (groupe Schenk et œnologue…vaudois, Thierry Ciampi).

Triplé valaisan en autres cépages blancs — la catégorie qui a le plus progressé en 10 ans, passant de 300 à plus de 600 vins présentés! —, avec le meilleur vin blanc de l’année, la Petite Arvine 2015, Grand Cru, de la Cave Corbassière, à Saillon, devant le Johannisberg 2015 de la Cave Saint-Philippe, à Salquenen, et l’Amigne 2015, Grand Cru de Vétroz, de la Cave des Deux Rives à Nendaz-Brignon. Le titre ne pouvait échapper à un vin valaisan puisque les six nominés provenaient du Vieux-Pays… En assemblage blanc, un OVNI lucernois, intitulé Muscat Sec 2015, était aux prises avec cinq vins valaisans et le triplé est là aussi assuré, avec un petit, Serge Heimoz, de Sierre, Les Sentes blanches 2014, qui s’impose devant deux poids lourds, Charles Bonvin SA et sa Cuvée 1858 blanche 2014, et la Cuvée Mme Rosemarie Mathier 2015 du lauréat spécial 10 ans, Diego Mathier, de Salquenen.

En rouge aussi…

Deux catégories de vins rouges reviennent entièrement à des Valaisans, soit le gamay (Gamay Vieilles Vignes 2015 de David Rossier, un des bons encaveurs de Leytron, devant le classique Domaine de St-Théodule 2015, de Gérald Besse, à Martigny-Croix, et le Vespae 2015, gamay de Bovernier, de Jean-René Germanier. Dans les autres cépages rouges purs, deux syrahs (valaisannes donc !) s’imposent, la Grandmaître barriques 2014 de Gregor (et Larissa) Kuonen, Caveau de Salquenen, devant Les Empereurs Coup de Cœur 2013, de Joël Briguet, Cave La Romaine, à Flanthey, troisième, le Cornalin 2015, de Claudy Clavien, Cave des Champs, à Miège.

Troisième triomphe des nectars valaisans en liquoreux (où ils étaient cinq nominés) : Nicolas Zufferey, de la Cave des Bernunes à Sierre, s’impose avec une marsanne blanche 2012, devant la Barrique liquoreuse 2014 du Clos de Châteauneuf, vinifié par la cave du tout nouveau président de la Ville de Sion, Philippe Varone, et la malvoisie flétrie Grandmaître en barrique 2014, de Gregor (et Larissa) Kuonen, Caveau de Salquenen.

Grisons et Tessinois, champions… mais aucun Vaudois

Assez curieusement, les vins valaisans sont absents des autres podiums, à une seule exception. Récompense alémanique par essence, doublé thurgovien et médaille de bronze argovienne pour le Müller Thurgau (champion : Zahnd erlesene Weine à Amikon, devant Wägeli, à Buch, et Zum Sternen, à Würenlingen).

Panachage large dans les rosés, avec un champion zurichois, le Weingut Gehring, à Freienstein, pour son rosé 2015, devant un récidiviste vaudois, l’œil-de-perdris Les Chaumes 2015, de la coopérative vaudoise Uvavins, et le valaisan de service, la dôle blanche Perles du Valais 2015, de la Maison Gilliard.

Les autres romands, on pense aux Vaudois, aux Genevois et aux Neuchâtelois, allaient-ils briller dans les vins rouges ? Que nenni ! En merlot, le triomphe tessinois se fait «à la valaisanne», avec un podium complet : le IL 2013, de Gianfranco Chiesa, Vini Rovio, devant le Montalbano Riserva 2013, cheval de bataille de la Cantina Sociale di Mendrisio, et le Carato Riserva 2012, de Delea, à Losone.

Accessit tout de même pour un pinot noir vaudois, 2015, du Domaine de Chantemerle, à Tartegnin, qui doit laisser la victoire à un grison, le URIS 2014, qui marque le retour au premier plan du Weingut Dawaz, à Fläsch, et médaille de bronze pour un zurichois, un pinot 2013 du Strickhof Wüfflinger Trotte, à Winterthour.

En assemblages rouges, on retrouve les Grisons et le Tessin : le coup de cœur rouge, Lamperts Cuvée Rouge 2013, de Lampert’s Weingut Heidelberg, à Maienfeld, s’impose devant le renommé Sottobosco 2013, de Meinrad Perler, Agriloro, à Genestrerio, et le Synthesis 2011, de la Cantina Cristini e figli, à Camorino.

Reste les vins mousseux : la maison Mauler & Cie SA, à Môtiers, Neuchâtel, se la joue «à la valaisanne» elle aussi, avec deux places dans le tiercé final, celle de champion, avec sa Cuvée Bel Héritage 2011 en vin de pays et, en bronze, la cuvée AOC Neuchâtel Louis Edouard Mauler 2010. Entre ces deux fleurons du prieuré du Val-de-Travers, un autre vin des Trois-Lacs, un blanc de noir non millésimé de Cressier (NE), de Räblus, à Vingelz, quartier de la ville de Bienne.

Grandiloquent et mercantile

A Berne, au Kulturcasino, la manifestation, qui faisait salle (de concert) comble, était un show rondement orchestré, avec un apéro au cor des Alpes, et tout le suspense nécessaire. La Coop, gros sponsor, a pu faire acte de mercantilisme primaire, alors que notre enquête, publiée dans Le Matin-Dimanche, montre que le jeu de l’offre des vins par Internet est bien plus ouvert que ne le prétendent les entrepreneurs du site dédié Mondovino. La Migros, notamment, avec Le Shop, Denner et galaxus, fait pièce à l’autre géant de la distribution.

Coop est aussi le leader du bio, vin compris, en Suisse. Mais la centrale de distribution n’avait pas daigné envoyer un représentant au débat sur les tenants et aboutissants du vin bio que j’ai animé en ouverture du salon Vinea, à Sierre, début septembre. Et le siège bâlois se refuse toujours à divulguer des chiffres fiables sur les consommation des vins, et les habitudes des Suisses, alors qu’elle est l’acteur majeur du secteur…

A noter, à Berne, un moment d’émotion, puisque ce 26 octobre 2016, François Murisier, le président de Vinéa, ancien chef de vitioeno à Changins et ancien vice-président de l’OIV, fêtait ses 70 ans exactement!

Résultats complets sur www.grandprixduvinsuisse.ch

©thomasvino.ch