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Posté le 31 mars 2017 dans Tendance

Bordeaux 2016 dans la bouche des œnologues-vedettes

Bordeaux 2016 dans la bouche des œnologues-vedettes

Ce sont les deux plus célèbres œnologues-conseils de Bordeaux : Michel Rolland et Stéphane Derenoncourt, à la tête de deux cabinets d’une batterie de jeunes pros. C’est eux, avec les propriétaires des châteaux, qui préparent les échantillons soumis ensuite aux journalistes et aux négociants pour la campagne des «primeurs». Les premiers sont à la source des notes et de la musique répercutée par les seconds. Gabrielle Vizzavona les a rencontrés pour le site Internet du Figaro. Extraits ci-dessous. Et dans le magazine Le Point, Jacques Dupont explique pourquoi, à cause de Bob Parker, Bordeaux a perdu dix ans.

Pour Michel Rolland, l’ancien,  «c’est assez simple : 2016 arrive après les millésimes 2014 (lire notre reportage sur 2014) et 2015 qui étaient bons et qui se sont bien vendus. (…) Le marché de Bordeaux va bien. Alors quand on approche ces primeurs 2016, les gens ne sont pas très gourmands et me disent “fais le meilleur”. Il n’y a pas de pression économique qui obligerait à déborder du meilleur. On garde le cœur, et en 2016, on a largement ce qu’il faut. La qualité reste Dieu merci le principal. 2016 serait arrivé après des millésimes compliqués, on m’aurait dit “fais le maximum car on en a bien besoin”Ça va être un millésime dont on parlera longtemps car il est merveilleux et que la pression économique est faible. L’assembleur que je suis est le plus heureux des hommes ! (…) 2016 a tout ce qu’il faut là où il faut. On ne sait pas trop comment ni pourquoi, mais ça y est. Les vins ont des arômes de fruits très frais, très agréables, que nous n’avons pas eus depuis des années. Ils ont un équilibre en bouche assez exceptionnel, de l’acidité, ce dont on avait perdu l’habitude les 10 dernières années. Il y en a plus qu’en 2009, et qu’en 2010. Ce sont des vins avec une vraie tension, qui vibrent quand on les goûte. L’archétype même du très bon vin. (…) Je pense qu’intrinsèquement, 2016 est un cran au-dessus de 2015. Dans l’adversité, les grands terroirs produisent toujours de meilleurs raisins que les autres.»

Le chais de Château Talbot, suivi par S. Derenoncourt.

Adversité ? Oui, et c’est Stéphane Derenoncourt, le jeune (enfin, dans la force de l’âge !) qui l’explique : «2016 est une forme de miracle. C’est le film triste qui finit bien. Un début de millésime impossible, extrêmement pluvieux. En matière de gestion des vignes, c’est une catastrophe, et il y a une forte pression des maladies. Une petite trêve se fait début juin et permet une belle floraison, très compacte. Puis dès la fin juin il fait beau jusqu’aux vendanges. Ca mûrit tranquillement, en gardant de bonnes acidités car il y a un fort contraste entre les journées chaudes et les nuits fraiches. Après une longue sécheresse, il tombe un peu d’eau. (…) C’est un millésime assez magique pour un vigneron. Il a le choix de faire ce qu’il veut (…) ramasser tôt pour faire des vins frais ou tard pour faire des vins mûrs. 2016 est intéressant pour juger les châteaux stylistiquement. Cela est très rare. Généralement, on subit les millésimes, on vendange car il faut y aller. Les vins de 2016 ont une belle maturité, de l’acidité, et de l’alcool (mais pas trop). Si on fait la somme des températures de cette année viticole, c’est le millésime le plus froid des vingt dernières années. Nous avons un millésime ultra-mûr mais aussi ultra-frais. (…) Comparé à 2015 qui a été jugé comme un très grand millésime, il y a en 2016 une meilleure homogénéité. Moins de contraste entre la rive droite et la rive gauche. L’année dernière, c’était une évidence que la Rive droite (St-Emilion, Pomerol) les Graves et le sud du Médoc étaient supérieurs aux crus du nord du Médoc. (…) En 2016, «il y a un certain classicisme dans les vins de la rive gauche.. Sur la rive droite, aux sols plus argileux, les niveaux d’alcool sont plus hauts, les vins sont un peu plus impressionnants. Sur la rive gauche, c’est la grâce, des vins incroyables, les grands cabernets de Saint-Julien, le cœur des belles graves du Médoc à Pauillac, mais aussi Pessac-Léognan une très belle appellation.»
Tout, ou presque, est dit : ensuite, on peut aller se faire une idée soi-même à Lausanne en mai, lire les notes des experts plus ou moins connus, en corrélation avec les prix de sortie, inconnus à ce jour! Mais Bordeaux n’a pas l’habitude de faire de cadeaux au consommateur…

©thomasvino.ch