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Posté le 6 décembre 2017 dans Vins suisses

Le Clos de Tsampéhro se renforce

Le Clos de Tsampéhro se renforce

La démarche est rarissime en Suisse : quatre partenaires ont reconstitué un petit domaine viticole valaisan de 3 hectares pour en tirer le meilleur, valorisé au plus haut prix, sur le long terme. Pour la première fois, en 2017, la «vitesse de croisière» des 10’000 bouteilles est atteinte. Le Clos de Tsampéhro figure dans les 100 meilleurs vignerons suisses (GaultMillau). Et vient de se renforcer avec l’arrivée de Johanna Dayer, ex-Electus.

Par Pierre Thomas, texte et photos

Sans le Genevois Christian Gellerstad, 50 ans, membre du comité de direction de la Banque Pictet & Cie, le projet du Clos de Tsampéhro n’aurait pu voir le jour. Il a permis à ses associés, le vigneron Joël Briguet, de la Cave La Romaine, à Flanthey, son jeune œnologue Vincent Tenud, et l’œnologue et communicateur Emmanuel Charpin, de réaliser leur rêve : proposer le «nec plus ultra», du raisin au verre. Ce dernier, qui s’était déjà occupé de l’Oenothèque du Château de Villa, à Sierre, y est retourné récemment. Ses activités de communication et d’organisation de dégustations ont été reprises par Johanna Dayer, diplômée de l’Ecole hôtelière de Lausanne (EHL), qui se prépare au titre de Master of Wine. La jeune Valaisanne est surtout un transfuge du projet haut de gamme de Provins, Electus.

Les cuves tronconiques pour la vinification de l’assemblage rouge.

Le Clos Tsampéhro, lancé avec le millésime 2011, après le rachat, parcelles par parcelles de ces 3 hectares de vignes d’un seul tenant, atteint sa vitesse de croisière avec l’exercice V (cinq en chiffre romain). Il tourne sur trois vins de base : 1500 bouteilles d’un vin mousseux brut original (pinot noir, chardonnay, petite arvine, bientôt 44 mois sur lattes, à 38 fr. la bouteille), 1500 bouteilles de blanc, assemblage de païen (70%) et de rèze, le rare cépage sierrois, vinifié en barriques (à 44 fr.) et 6000 bouteilles de rouge, le vin le plus ambitieux, le plus produit, mais le plus cher aussi (à 79 fr. la bouteille).

Un solide assemblage rouge

Avec le V, le rouge atteint pour la première fois ce volume. La cuvée du remarquable millésime 2015 est composée d’un tiers de cornalin, d’un tiers de merlot et d’un tiers de cabernets sauvignon et franc. «Chaque cépage est vinifié séparément en cuve bois tronconique, sauf les cabernets qui fermentent ensemble. Ensuite, ils sont élevés en barriques durant plus de 20 mois. Nous voulons faire un vin de longue garde, voilà pourquoi, à côté du cornalin, qui apporte les arômes fruités, il faut la structure des cabernets, alliée à la plasticité du merlot, qui donne du volume», nous expliquait l’œnologue Emmanuel Charpin.

Jusqu’ici, les quantités produites ont été vendues sans problème. «Les restaurants étoilés commencent à nous connaître et réservent leurs allocations. Nous avons quelques revendeurs connus (Cave SA à Gland, Granchâteaux SA à La Conversion, etc.) et pas de structure de vente propre. La moitié des vins sont écoulés par Internet, par souscription, au printemps de l’année où ils sont mis en vente, avant même d’être embouteillés.» En novembre, une dégustation à la cave attire le gratin des sommeliers suisses et permet de juger des vins déjà en bouteilles, et dont certains sont déjà épuisés. Ainsi en ira-t-il du rare Completer, une barrique de 2014, vendue à 98 francs l’une des 300 bouteilles.

L’urgence incompatible avec la garde

Le chai à barriques, à Flanthey, sous le toit commun à la Cave La Romaine.

Question finance, chaque franc a été réinvesti et aucun profit n’est prévu avant 2021 et au-delà. «Grâce à notre associé et ami genevois, nous n’avons aucune pression bancaire. A part le travail facturé à façon, les associés ne sont pas rétribués, mis à part un bon repas par an !», confiait Emmanuel Charpin. Hormis cette forme de mécenat au service d’une passion, un tel «business modèle» est difficilement envisageable. Pour atteindre une rentabilité cohérente, il faudrait que la notoriété des vins de garde suisses autorise un roulement plus lent : «Nous vendons nos vins, certes avec deux ans de décalage par rapport à la vendange. Mais nous voulons que notre vin de garde soit bu à son apogée. L’idéal serait de pouvoir le mettre sur le marché avec deux ou trois années de décalage supplémentaires, notamment pour éviter que les millésimes récents soient bus au restaurant !» expliquait Emmanuel Charpin. Il rêve aussi de fédérer les producteurs de grands flacons valaisans et de pouvoir proposer une «caisse de douze supervalaisans» dans chaque millésime. Les Grisons de Vinotiv le font depuis vingt ans avec leur pinot noir, la Baronnie du Dézaley, avec ses chasselas et un négociant bordelais, avec les neuf 1ers Crus Classés de 1855 — la caisse proposée en primeurs sur le millésime 2016 est à 7’800 francs suisses. Quant aux «supervalaisans», ils renvoient aux «supertoscans» (Ornellaia, Sassicaia, Solaia) qui ont tiré vers le haut de gamme les vins italiens. Il y a 50 ans, à la fin du siècle passé.

©thomasvino.ch