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Posté le 4 juillet 2018 dans Vins suisses

Sélection des vins vaudois 2018 — Panachage au royaume du chasselas

Sélection des vins vaudois 2018 — Panachage au royaume du chasselas

On le sait : le chasselas représente 68,9% de la production vaudoise en 2017. Pourtant la Sélection des vins vaudois récompense des vins dans dix catégories. Et c’est un vin doux passerillé du cépage interspécifique Solaris du Nord vaudois qui a obtenu la meilleure note !

Son cinéma, cette année, l’Office des vins vaudois (OVV), et son nouveau directeur Benjamin Gehrig, l’a fait dans le bistrot Kantina du Théâtre de Vidy, qui proposera certains des vins médaillés. Pour sa dernière mise en scène, Pierre Keller, qui cèdera sa place de président de l’OVV à Michel Rochat, le directeur de l’Ecole hôtelière de Lausanne (EHL), n’a pas épargné à son auditoire les paradoxes : trop de concours, trop de dispersion dans les jugements, etc… Et trop de médailles : 122 d’or et 170 d’argent pour cette Sélection vaudoise, soit juste le 30% des 937 vins jugés par 78 dégustateurs, fin mai, à Froideville. Et même trop tôt dans l’année, se plaignent des producteurs, pourtant primés… Le ton est donné, mais l’exercice reste intéressant, qui permet de comparer des vins dans un moment M. «Ce sont souvent les mêmes qui sont cités au palmarès. J’y vois une belle marque de constance, et la médaille donne une valeur ajoutée au producteur», commente Fabio Penta, l’œnologue «à façon» qui forge maints succès dans les caves vaudoises.

Le vainqueur du jour, est un «Vin de pays des Trois Lacs», le Solaris 2015 de la cave Le Champagnoux. Son propriétaire, Eric Schöpfer, associe son neveu, Martial Du Pasquier, qui élève le vin dans leur cave commune à Concise, avec les conseils d’un autre œnologue de l’ombre, Nicolas Ryser. Et le propriétaire de commenter son titre de «Master Swiss Wine» pour la plus haute notation du concours (93,4/100) : «Cela me donne une petite notoriété vis-à-vis de l’ensemble des vignerons vaudois et montre qu’on n’est pas une cave de ploucs !».

Des vins de supermarché à ceux de petits producteurs

Si l’on s’en tient aux seuls vainqueurs des catégories, souvent pour quelques dixièmes sur le deuxième et le troisième, qui tous sont montés sur la scène de Vidy, le panachage entre régions — avec une prévalence de La Côte, plus grande région viticole vaudoise — et taille des producteurs est respecté.

Deux vins de supermarché ont remporté leur catégorie : l’assemblage blanc As de Cœur 2017 (chardonnay, charmont et doral, de La Côte, à parts égales), de la Cave Jolimont à Rolle (groupe Schenk) et le Calamin La Béguine 2017 de J. & M. Dizerens, à Lutry, en chasselas de l’année 2017. La Cave de La Côte s’impose en chasselas des deux années précédentes avec le Château de La Bâtie, 1erGrand Cru, Vinzel, 2016, vinifié par Fabien Coucet. Hammel à Rolle remporte la catégorie des rosés, avec un gamaret-garanoir 2017 du Château de Vullierens.

Les autres vainqueurs de catégorie sont loin d’être des inconnus ! En gamay, avantage à Pierre-Yves Poget, à Agiez, un des meilleurs producteurs de vins rouges des Côtes-de-l’Orbe, avec Le Clos 2017. Le moderne et déjà reconnu 1807 rouge de Martial Neyroud, à Blonay, s’impose dans les assemblages (malbec, gamaret, garanoir du millésime 2016) devant des poids lourds, la Cuvée Agénor 2015 de Reynald Parmelin, le Passions 2013 de Constant Jomini, et la Cuvée Charles-Auguste 2015, de Charles Rolaz (Hammel), seul assemblage vaudois inscrit à la Mémoire des vins suisses.

La Côte aligne les vainqueurs des autres catégories, Alain Rolaz, de Gilly, avec son Soprano 2016 en pinot noir, catégorie où figure, au 3èmerang, derrière le pinot noir 2017 d’Antoine Bovard, de Cully, le 2016 d’Yvan Parmelin, à Bursins, désigné «trophée bio Vaud» ; en autres cépages rouges, ex-aequo, le Galotta 2015 de Cédric Albiez, à Mont-sur-Rolle et le gamaret Amazone 2017 de Jean-Jacques Steiner, à Dully. Et dans le mousseux, le Château de Crans, Cuvée Antoine Saladin Brut, issu de 60% de garanoir et 40% de doral, laissé sur lattes 18 mois, élaboré avec le Genevois Xavier Chevallay, parachève ce panachage par une note originale.

Pour une re-dégustation finale

Cette remise des prix a été l’occasion, pour Pierre Keller (photo ci-dessus) fondateur de l’«ordre», d’élever au rang de Commandeur des vins vaudois, le sommelier de l’Auberge de l’Onde à Saint-Saphorin, Jérôme Aké Béda. Précisément, ce grand défenseur du chasselas, après dégustation des vins lauréats, s’étonnait du classement et plaidait pour une redégustation des meilleurs, comme cela se fait au Grand Prix du Vin Suisse, en août, à Sierre. La même pression s’exerce au Mondial du Chasselas, pour donner un minimum de cohérence à un palmarès dessiné par des tables de dégustateurs plus ou moins pertinentes dans leur notation. Le revers incontestable de toute médaille !

Le Mondial du Chasselas, dont les palmarès 2018 a été proclamé, annonce que le 9 juillet, les vins lauréats d’un trophée et les nominés de la catégorie principale (chasselas jeunes) seront dégustés par un panel d’une centaine de lecteurs de la revue Vinum, qui publiera le classement de ce retour de la Coupe Chasselas, au moment où son concurrent direct, l’édition suisse de l’autrichien Falstaff, a annoncé aux producteurs vouloir mettre sur pied une grande dégustation de chasselas suisses…

Sur le net : www.ovv.ch/selection-des-vins-vaudois

Paru dans Hôtellerie & Gastronomie Hebdo du 3 juillet 2018.

©thomasvino.ch