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Posted on 10 décembre 2018 in Actus - News

Vin et sapin 2018 : ma sélection d’indispensable si

Vin et sapin 2018 : ma sélection d’indispensable si

Le temps est aux parutions en tous genres qui précèdent opportunément le sapin de Noël…

Par Pierre Thomas

J’ai déjà écrit tout le bien que je pense de Roche et vin, le monumental coffret qui décrit la géologie de la Suisse, et donc le sous-sol, où prospère la Suisse viticole que le marché divise en six régions et les géologues en dix.

Ils soulignent aussi le fondement de deux éléments indispensables à la notion de «terroir», la circulation de l’eau et la nécessité de l’azote. En plus des caractéristiques des sols et des facteurs de la météo. L’ouvrage est vraiment très bien fait : il s’avère indispensable à tout amateur de vin suisse, ou non, du reste !

Coffret d’un ouvrage de base et de dix fascicules régionaux, 98 fr.

https://rocheetvin.ch/le-livre/contenu/

Pot-pourri vigneron…

La météo, c’est aussi un des chapitres d’un pot pourri de (courtes) contributions d’historiens et de chercheurs, vaudois à majorité. Soit 470 solides pages, publiées par les éditions Antipodes, sous la double égide de la Société vaudoise d’histoire et d’archéologie et de la Confrérie des Vignerons. On y apprend plein de choses, souvent doctes et parfois futiles ou trop spécialisées, en lever de rideau de la fameuse Fête des Vignerons de l’été prochain (2019). Le plus beau texte est celui, aux accents ramuziens, où le vigneron Henri Chollet décrit sa passion qui l’a mené de tâcheron à propriétaire, avec son fils et sa belle-fille, du Domaine Mermetus. A ne pas manquer, l’évocation par Denis Tappy, du statut et du travail du tâcheron, le véritable héros de la Fête des vignerons, et par François Murisier, des experts de la Confrérie qui notent les vignes.

Pas l’ombre d’un texte de journaliste dans ce volumineux recueil. Mais au détour des pages, on lit, sous la plume du juriste Melaine-Noé Laesslé que le compliqué (et bricolé !) système des appellations d’origine contrôlées (AOC) vaudoises est une injure aux consommateurs — eh non, ça n’est pas un fantasme de journaliste, au pays qui comptait 95% des 6600 hectares du vignoble planté en chasselas, en 1893, rappelle Olivier Viret, l’officiel Monsieur Vignoble vaudois.Et pour revenir à la météo, le réchauffement climatique enregistré sur le bassin lémanique exprimé en altitude représente 400 m. (ou alors le temps d’il y a vingt-cinq ans dans le Sud de la France). Un ouvrage à apprécier à petites gorgées…

Ouvrage collectif, 480 pages, 44 fr.

https://www.antipodes.ch/librairie/acteurs-de-la-vigne-detail

Dégustation originale et bien menée…

On revient à la synthèse entre le point de vue d’ailleurs (de Berne, en l’espèce) et le travail de journaliste, Gabriel Tinguely avec son «vignerons, vins et cuisine». Un astucieux projet, parti du constat qu’un site Internet — www.weinlandschweiz.ch — ne nourrit pas son auteur. Durant deux ans, l’auteur a convoqué à Berne 44 vignerons de toute la Suisse, pour un portrait en image (belles photos en noir blanc de Remo Ubezio, principalement), en texte et en dégustation, assorti d’une mise en abîme (des éclairages d’une page sur des thèmes vitivinicole) et une recette d’un plat.

Les vignerons sont de petits encaveurs, souvent jeunes : deux ont moins de 30 ans, un tiers moins de 40 ans, un gros tiers entre 40 et 50 ans, et un dernier tiers, plus de 50 ans et un seul, atypique et venu sur le tard, plus de 60 ans. Autant dire que Gabriel Tinguely tape davantage dans les «jeunes vignerons de Suisse» (www.jsnw.ch), dont l’association ne s’écrit qu’en allemand, que dans la Mémoire des vins suisses(www.mdvs.ch), qui ne s’écrit, elle, qu’en français, mais les deux ont la même (jeune) cheville ouvrière en commun, à Zurich ! Et c’est la Valaisanne, née en Roumanie, Valentina Andrei qui ouvre le bal de l’album, par ordre alphabétique…

Deux remarques de l’auteur : plus il y a de vin AOC (95% en Suisse), moins il y a de hiérarchie, et plus il y a de goûts exprimés dans un plat ou un menu, plus le vin choisi possède de chance d’aller avec cet ensemble, même disparate… Deux points de vue qui paraissent antinomiques a priori, mais qui se vérifient dans les faits !

Déjà, Gabriel Tinguely évoque un deuxième tome, et n’a donc pas écumé le vignoble suisse en présentant ses «meilleurs» vignerons : la Suisse est riche en diversité, c’est sûr ! Soigné, de la fonte, «suisse», à l’impression, en Suisse, l’ouvrage, bien rythmé, renouvèle le genre. Original, fort bien fait et donc hautement recommandable!

Beau livre, album de 286 pages, de belle mise en page, 75 fr.

(La pub est en allemand, mais le livre existe en français…)

https://www.weinlandschweiz.ch/de/nachrichten/winzer-wein-und-kueche/996/

Bistro-logie et science fri-ction…

Et si les chercheurs et autres historiens snobent les journalistes, l’exposition «Au café, une soif de société», à voir au Musée d’art et d’histoire de Fribourg jusqu’au 17 mars 2019, le leur rend bien, via son catalogue.

Pour qui a fait ses universités entre le Salon rose (à Bulle), le Cintra, le Petit Rex et le Plazza (à Fribourg) — tournée non exhaustive… —, le contenu de l’exposition valait le détour. Comme l’excellent catalogue, qui embrasse tous les aspects de ces «lieux de vie», où se fait et se défait la politique politicienne (par Louis Ruffieux, ancien rédacteur en chef de La Gruyère, puis de La Liberté), où l’on écrit parfois et dessine (François Bonnet, Jean-Lou Tinguely…) et qui représentent toujours, en pays conservateur (on disait «tèpelet»), «l’anti-famille» (Jean Steinauer).

En Fribourgeois d’études (on a vu comment… et viscéralement Gruérien de tempérament), je recommande d’aller faire un tour, dans ce quartier des musées (en sus, l’Atomik Bazar de François Burland à l’Espace Jean Tinguely-Niki de Saint-Phalle), non loin de la cathédrale, à la galerie Contraste, où le maître des lieux, le dessinateur, peintre et graphiste Jean-Pierre Humbert, vient d’éditer un ouvrage retraçant une carrière, la sienne, de plus de quarante ans, sous le titre d’Anachroniques.

Un riche et beau livre, où il prend souvent l’architecture fribourgeoise à contre-pied, entre nef des fous, tour de Babel et scènes surréalistes et narquoises… En 1981, pour le 500èmeanniversaire de l’entrée du canton dans la Confédération, il avait peint la tour de St-Nicolas en pompe à essence géante, pour la «Une» du cahier magazine de feu le quotidien La Suisse(dont j’étais alors le correspondant). Depuis, le quartier du Bourg est «détourné» par le pont de la Poya, ce qui ne m’a pas empêché de risquer finir sous les roues d’une voiture électrique… Funeste «contraste» routier!

***Catalogue Au Café…, 120 pages, richement illustré, 39 fr.

http://www.mahf.ch/files/pdf100/cafe_depliant_07.09.18.pdf

***Anachroniques, beau livre, 256 pages grand format, dès 95 fr., en souscription

https://jphumbert.ch/publications/livres/anachroniques/

©thomasvino.ch