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Posté le 26 janvier 2008 dans Vins français

Bordeaux — L’enseignement universel de Bruno Prats

Bordeaux — L’enseignement universel de Bruno Prats

Les vins de Bruno Prats
Les leçons universelles de Bordeaux
Copropriétaire, jusqu’en 1998, du prestigieux Château Cos d’Estournel, Bruno Prats, 63 ans, domicilié près de Morges, rayonne dans le monde entier pour produire des vins inspirés… de Bordeaux.
Pierre Thomas
Il pourrait, avec son épouse et son chien, passer une tranquille retraite sur les hauts de Morges. Eh bien non, les Prats ont choisi ce vallon d’où l’on ne voit pas le Léman, mais où pousse la vigne, cultivée par les frères Cruchon, à cause de sa proximité avec l’aéroport de Cointrin. Adossés au coteau viticole, on se croirait en province française, quelque part dans la Loire.
En ce mois de janvier 2008, les Prats viennent tout juste de rentrer du Chili où, rappelons-le, à cette période de l’année, c’est l’été. Quasiment dans la capitale tentaculaire, Santiago du Chili, l’œnologue bordelais, avec son confrère Paul Pontallier, de Château Margaux, avait acheté quelques hectares de vignes en 1984 déjà. Sur place, ils avaient l’appui d’un œnologue chilien d’origine française, Felipe Solminihac. Plus tard, en 2003, les mousquetaires seront rejoints par Ghislain de Montgolfier, patron du champagne Bollinger.
Indispendable formule à trois
Ce bref pedigree rappelle que si le Nouveau Monde brille sur la scène mondiale du vin, c’est aussi parce que des œnologues éminents de la Vieille Europe le veulent bien… Et cette indispensable conjonction d’un domaine d’outre-mer, d’un solide partenaire local et d’un savoir-faire exporté de Bordeaux, Bruno Prats l’a reproduite ailleurs dans le monde.
Au Portugal, dans la Vallée du Douro, classée bien avant Lavaux au Patrimoine mondial de l’UNESCO, avec la famille, d’origine anglaise, Symington : ces élaborateurs de grands portos (Graham, Dow) voulaient démontrer que les cépages locaux peuvent aussi donner de grands vins rouges secs.
Le tiercé gagnant se retrouve en Afrique du Sud, non loin de Stellenbosch, sur le versant de False Bay, avec Hubert de Boüard, co-propriétaire du Saint-Emilion qui monte, Angélus, et Lowell Jooste, du domaine historique le plus fameux de la Province du Cap, Klein Constantia.
La priorité à l’élégance classique
Méticuleux, Bruno Prats apporte à chaque fois, à la vigne comme à la cave, les enseignements du Bordelais. Car vingt ans durant à la tête de Cos d’Estournel, il fut un pionnier du renouveau de l’assemblage et de l’élevage (et de la mise en bouteille) au château, alors que jusque dans les années 1970, même les plus réputés parmi les châteaux «déléguaient» ces opérations fondamentales pour signer un grand vin, aux négociants de la place de Bordeaux. Le marché a, parfois, la mémoire courte…
Sans a-priori, le Vaudois d’adoption (depuis neuf ans) cultive une philosophie du juste milieu : «Je me méfie des modes, comme le tout avec ou le tout sans bois ou le tout avec ou le tout sans inox.»
L'anti-Michel Rolland
Et c’est en se confrontant à des conditions climatiques différentes, à la limite de la culture de la vigne, et à des cépages inconnus à Bordeaux, que les leçons s’apprennent, au fil des millésimes. Toujours, Bruno Prats veut exprimer l’élégance du vin : «On est un peu à part. On privilégie la finesse et je m’y accroche… Car la finesse, c’est très fragile et il faut très peu de chose pour la perdre.» Il se situe, de facto, à l’opposé d’une école, colportée aux quatre coins du monde par un autre Bordelais, Michel Rolland, qui favorise la surmaturité, puis la surextraction du raisin, l’aromatisation par la barrique neuve et le bâtonnage des lies ou la micro-oxygénation.
Loin des vins épais, sirupeux et bodybuildés, Bruno Prats veut montrer que, partout dans le monde, on peut faire des vins «buvables». Qui «redemandent», dit-il, tout en s’excusant d’ignorer que ce verbe est un délicieux vaudoisisme!
                                    
En dégustation, six vins signés Bruno Prats
* Aquitania 2004 (Chili)
Rouge moyen, nez de cassis et d’eucalyptus; attaque fumée, structure ample, ouverte, un peu chaud en finale; vin typé Chili.
Cabernet sauvignon, 94%, carménère, 6%, 50'000 bout., 15,20 fr.
* Lazuli 2004 (Chili)
Nez de poivron rouge grillé; bonne fraîcheur de fruit à l’attaque; tanins présents, mais mûrs et bien enveloppés; cépage clairement identifiable; un vin bien fait et équilibré.
Cabernet sauvignon 100% (moitié Maipo Alto, moitié Isla de Maipo), 15'000 bout., 34,50 fr.
* Anwilka 2005 (Afrique du Sud)
Nez toasté; fraîcheur de fruit; aucune lourdeur, nuances minérales et d’encre; boisé présent, mais bien intégré; un vin d’une grande expression.
Cabernet sauvignon, 63%, Shiraz (de sélection australienne), 37%, 20'000 bout., 56 fr.
* Anwilka 2006 (Afrique du Sud)
Nez de caramel, nuances fumées; attaque un peu astringente; un vin puissant, rustique; belle longueur en bouche; vin juvénile : les arômes primaires vont s’arrondir.
Cabernet sauvignon, 66%, Shiraz (de sélection australienne), 29%, merlot 5%, 20'000 bout., 56 fr.
* Chryseia 2004 (Vallée du Douro, Portugal)
Nez de café; abord assez austère, puis matière crémeuse, riche; un vin rond en bouche, d’une bonne persistance, aux tanins fins; reflet du millésime et de garde.
Touriga Nacional et Touriga Franca ; 36'000 bout., 62,50 fr.
* Chryseia 2005 (Vallée du Douro, Portugal)
Nez de pivoine; attaque sur la cerise et la confiture de prunes; structure ample et riche; on retrouve en bouche des arômes de marasquin, de cannelle et de caramel.
Touriga Nacional, 70%, Touriga Franca et Tinta Roriz; 30'500 bout., 62,50 fr.
Ces vins sont disponibles aux prix mentionnés chez Pierre Muller, Cave de Reverolle (VD), tél. 021 800 58 70, www.cavedereve.ch

Article publié par 24 Heures, Lausanne, le 25 janvier 2008.