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Posté le 4 mai 2008 dans Vins français

Bordeaux — Le cirque des primeurs 2007

Bordeaux — Le cirque des primeurs 2007

Bordeaux primeurs 2007
Avis de tempête
sur un petit millésime

La tournée des primeurs à Bordeaux, au printemps, est ce que le cirque Knie est à la Suisse, l’automne: succès commercial ou non, l’exercice a lieu et par n’importe quel temps! L’affaire implique d’abord les revendeurs de bordeaux. Sur la base des prix dits de sortie (Montrose, — 11%; Léoville-Barton, — 7%; Lynch Bages, même prix!), le «product manager» de Moevenpick, René Gabriel, qui fait autorité en Suisse alémanique, donne sa stratégie, début juin: «Souscrire seulement peu de vins, ciblés et sélectionnés, et acheter sur le marché des 1999, 2001, 2002 et 2004». Le scénario des 1997, mauvaise année — comme la plupart qui finissent en 7, à Bordeaux —, à prix forts et vins restés sur les bras des négociants en primeur, revendus en foires au vin, se précise…

Ils aiment étayer leurs connaissances par cet exercice de haute voltige (on retrouve les acrobates!) qui consiste à livrer un avis définitif (puisqu’il va induire un acte d’achat) sur la base d’échantillons aléatoires, préparés par les propriétaires des domaines avant la fin de l’élevage du vin.
Tout le monde y trouve son compte: à supposer que le vin ait été mal noté, ses juges peuvent toujours dire que l’échantillon n’était pas au mieux de sa forme. Idem pour les propriétaires: si leurs juges sont sévères, allez, le vin a encore le temps de s’améliorer durant plus d’une année de barriques… plus ou moins neuves.
Mettre sous pression le consommateur

Tout cela serait du pur folklore si, au bout du compte, le consommateur ne devait pas passer ses commandes pour ne pas rater les (suposés) meilleurs vins du millésime, soit rapidement épuisés, soit revendus hors de prix à brève échéance, sur un marché généralement spéculatif…
Avec de la pluie, du chaud, puis du froid, du mildiou et un climat qui s’est affolé, 2007 est un millésime difficile, notamment à Bordeaux. Deux spécialistes suisses ont déjà rendu leur copie, le Romand Jacques Perrin et l’Alémanique Philippe Schwander. Le premier, fondateur du CAVE SA à Gland, et donc commerçant, a insisté sur la relativité de ses notes en regard du millésime; ce faisant, il a été vertement pris à partie sur son blog (26 avril). Le second, Master of Wine et commerçant lui aussi, a publié la liste de ses vins préférés dans la NZZ am Sonntag (du 20 avril). Depuis, le magazine VINUM a publié, en allemand, son cahier spécial primeur, avec le numéro de fin mai, qui fait le tour des principaux châteaux et désigne les meilleurs à plusieurs niveaux.
Yquem au sommet — la belle affaire !

Le duo Perrin-Schwander s’entend pour placer un Sauternes, Yquem, en tête de liste — ah, le beau scoop ! Si Perrin parle (en toute relativité…) de «très grands vins», Schwander se contente au maximum de «très bons». Les deux tombent d’accord pour placer au plus haut niveau Ausone, Haut-Brion et Mouton-Rothschild. Perrin y ajoute Cheval-Blanc, Lafite-Rothschild, d’une part, Latour, Léoville-Las Cases et Pavie, d’autre part… que Schwander situe, pour la paire, dans les vins «bons» et pour le trio dans les vins «aimables». Haut-Brion blanc et Pavillon blanc de Margaux sont tous deux jugés «très grands vins» par Perrin qui, dans les Sauternes, cite Nairac, tandis que Schwander préfère Guiraud, Coutet et La Tour-Blanche (sans citer Nairac). En rouge, comme «très bons», le Zurichois désigne Pape-Clément et Cos-d’Estournel.
Plus loin, peu de compatibilité entre les deux oracles : dans ce que Perrin nomme «grands vins», La Mission Haut-Brion est jugé «très bon» par Schwander, La Mondotte et Pontet-Canet, «bons», Bellevue, La Conseillante, Ducru-Beaucaillou, Troplong-Mondot, Haut-Bailly, Smith Haut-Lafitte (blanc ou rouge, mystère !), Beauséjour (mais est-ce Bécot ou Duffau ?) et Léoville-Barton sont seulement «aimables», comme Doisy-Védrines, Rieussec et Suduiraut en liquoreux.
Priorité aux valeurs sûres

Chez l’un comme chez l’autre, bien peu de «révélations»: 2007 sera au mieux un millésime où il faudra faire confiance aux valeurs réputées sûres… Chez Perrin, on note La Violette, Tertre-Roteboeuf, Petit Mouton, La Lagune, Fée-aux-Roses, Clos du Marquis, Domaine de Chevalier (rouge et blanc), Cadet-Bon et Barde-Haut parmi les moins connus. Et chez Schwander, des classiques non cités par Perrin, comme Vieux-Château-Certan, Prieuré-Lichine, Lascombes, Brane-Cantenac, Gruaud-Larose ou Langoa-Barton… Comme l'écrivait René Dumay il y a un demi-siècle: dans les petites années, n'achetez que les grands châteaux connus!
Nous, on attend sereinement le verdict de Jean Solis, habitué de longue date aux dégustations des primeurs, et qui est en train de peaufiner sa propre hiérarchie, doublée de sa propre sélection (puisque comme les autres, il essaie de dénicher les meilleurs vins… à vendre!). A bientôt donc…
©www.thomasvino.com, Pierre Thomas, 4 juin 2008