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Posté le 2 octobre 2011 dans Vins du Nouveau Monde

Donald Hess passe la main à 75 ans

Donald Hess passe la main à 75 ans

Donald Hess

«L’art et le vin vont très bien ensemble»

A 75 ans (il les a fêtés le 3 août), le Bernois Donald Hess a bâti un petit empire international dans le vin et une magnifique collection d’art contemporatin. Portrait d’un «gentleman» au destin étonnant.
Textes : Pierre Thomas
Sa retraite, Donald Hess l’a prise le 1er juillet 2011. «Tout était planifié pour que je la prenne à 55 ans, mais mes affaires m’ont obligé à y renoncer. Dix ans plus tard, à 65 ans, je suis tombé amoureux du domaine de Colomé, en Argentine, que nous avons restauré avec ma femme… Maintenant, mes deux beaux-fils, Timothy Persson, 33 ans, un avocat, et Christoph Ehrbar, 34 ans, un économiste, sont aux commandes, chacun dans sa sphère de compétences», explique celui qui demeure le «chairman», le président. Et il montre l’organigramme des multiples sociétés, avec, au sommet, un «trust» domicilié à Jersey, une «holding» à Luxembourg et le siège à Liebefeld (Berne). Le tout dans un français impeccable: sa vie professionnelle a débuté à l’Ecole supérieure de commerce de Neuchâtel et, vingt ans durant, il a géré des hôtels au Maroc, à Tanger et à Casablanca. Et son père avait acheté le château de Coinsins, près de Nyon, en 1941, dans l’espoir que les nazis, s’ils poussaient jusqu’à Berne, épargneraient l’arc lémanique… La bâtisse fut revendue en 1958.
Un brasseur reconverti
Dans la banlieue de Berne, au bout de la «rue Hess» (Hessstrasse), dans une maison bâtie avec les pierres extraites d’une colline percée pour conserver au frais la bière et de la glace ramenée des glaciers de l’Oberland, quatre générations de brasseurs se sont succédé. Lorsque son père meurt, Donald n’a que 20 ans et étudie l’art de faire de la bière à Munich… Il continuera à en fabriquer, avec alcool, puis sans alcool pour la Migros, avant d’y renoncer. Il se diversifie aussi, achète la source d’eau grisonne Valser, qui n’était pas encore exploitée, et la revend quarante-deux ans plus tard à Coca-Cola, en 2002.
Il rêve aussi de partir à la conquête des Etats-Unis avec de l’eau minérale. Faute d’avoir trouvé une source de qualité en Californie, il se convertit au vin, à Mount Veeder, et scelle une amitié avec feu Robert Mondavi et son épouse, Suissesse. Aujourd’hui, les domaines du groupe Hess prospèrent en Californie (The Hess Collection, Artezin, Sequana), mais aussi en Afrique du Sud (Glen Carlou, à Paarl), en Argentine (Colomé et Amalya, près de Salta) et en Australie (Peter Lehmann Wines à Barossa Valley). Aucun vignoble européen : «Dans les années 1970 déjà, les grands domaines européens d’une centaine d’hectares étaient déjà hors de prix», dit-il, en rendant un hommage appuyé à la famille Antinori, installée à Florence depuis 1385.
L’art contemporain à la cave
Chez Donald Hess, l’intérêt pour le vin est «contemporain». Un adjectif plus souvent accolé à l’art, qu’il a découvert : «A la maison, il y avait des meubles, des tapis persans et une collection de chopes de bière. Mais que des murs blancs. Mon père m’a dit : regarde par la fenêtre. Pas un artiste ne rendrait aussi bien ce que le bon Dieu nous donne gratuitement tous les jours. En hiver, tu t’assieds, tu bois un verre de vin, et tu imagines tes propres tableaux sur les murs !» Grâce à une  amie galériste à Berne, le jeune Donald achète une lithographie de Picasso. Puis à New York s’enquiert des «10 meilleurs artistes de la ville» au près d’un galériste, qui lui répond : «Mais il y en a 60’000!».
«Je devais trouver ma propre voie. Je rêvais de dîner avec Goya et Van Gogh. Ils n’étaient plus là… Si je voulais partager quelque chose avec des artistes, il me fallait choisir des jeunes. J’ai développé mon système : il faut que le tableau touche mon âme. Je n’ai aucun tableau que je regrette d’avoir acheté.» En 45 ans, Donald Hess a accumulé une collection de plus de mille œuvres et aidé plus d’une centaine d’artistes vivants. «Je déplore que des amateurs laissent leurs trésors dans un safe. Pour le respect des artistes, on doit montrer leurs tableaux.»
Encore fallait-il trouver un lieu adéquat. En 1989 s’ouvre le premier musée à la cave de Napa Valley. Les Américains n’y vont guère… jusqu’au jour où un critique d’art de New York s’enthousiasme et c’est le rush. A Glen Carlou, dans la province du Cap, les cimaises sont juste au-dessus de la cuverie. Et à Colomé, formidable propriété de 64’000 hectares (à moitié des montagnes, mais plus vaste que le canton de Genève) dans une haute vallée des Andes, le musée, inauguré il y a deux ans, est consacré à James Turrell, un Américain pionnier du «Light Art», qui piège avec fascination la lumière dans de multiples couleurs. «Dans mes domaines, l’homme vient pour le vin, la femme pour les tableaux», résume Donald Hess. Qui voit une correspondance entre l’œuvre du vigneron et de l’artiste: «Le premier est tout seul, au moment de l’assemblage de ses cuvées, le second, devant la toile blanche. L’un et l’autre se demandent par quoi commencer. Et les deux font quelque chose de simple pour nous émouvoir.»

Dégustation

Six vins des domaines Hess
Amalya 2010

Ce vin provient d’une cave dans la vallée de Calchaqui (Argentine). Donald Hess a imaginé lui-même l’étiquette, avec un symbole de l’infini en couleur vive. 85% de torrontès, cépage argentin très intéressant, et 15% de riesling. Un vin blanc frais, vif, aromatique, idéal à l’apéritif, mais aussi sur des crevettes thaïes.
12.90 fr./www.testuz.ch
Malbec Colomé Estate 2009
A Colomé, les vignes s’étagent de 2’200 à 3’111 mètres d’altitude, le vignoble le plus haut du monde, expérimental de 25 ha plantés en 2007. La cuvée «de base» du domaine est bien typée malbec, le grand cépage argentin : un rouge riche, plein, aux arômes de mûre et de cerise noire confite, aux tanins souples, avec un léger boisé. Parfait sur une viande grillée ou avec des pâtes.
24.90 fr./www.testuz.ch
Artezin 2008
Cette cave californienne, où les raisins sont achetés, produit des vins de cépages petite sirah, carignan et charbono et des zinfandels. Bien typé de la variété croato-italienne (crijenak-primitivo) qui s’est adaptée au climat californien : un rouge gras, chaleureux, souple et flatteur, avec des arômes d’épices douces (cannelle) et du cacao. Parfait sur des pâtes, avec une pizza.
19.80 fr./www.testuz.ch
Chardonnay Quartz 2007
Cabernet sauvignon et syrah sont plantés dans ce beau domaine de Paarl (Afrique du Sud). Mais aussi du chardonnay, dont la cuvée haut de gamme, exprime les caractéristiques d’un blanc du Nouveau Monde, avec une structure ample, appuyée sur de l’acidité et des arômes de citron vert, et une touche de boisé fumé.
29 fr./www.testuz.ch
Cabernet Sauvignon Mount Veeder 2007
Provenant de la «Hess Collection» et des premières vignes achetées en Californie en 1982, un archétype de cabernet sauvignon californien : attaque sur le cassis, le chocolat, la noix de coco, à la fois fruité et tannique, un brin austère, jeune et méritant quelques années de cave. Parfait sur des grillades, une côte de bœuf ou des pâtes.
44 fr./www.moevenpick.ch
Cabernet Sauvignon Mentor 2006
La cave de Peter Lehmann, dans la Barossa Valley, dans le sud de l’Australie, achète les raisins de 150 vignerons fidèles. Cette cuvée, signée de l’œnologue senior Andrew Wigan, est un bel exemple de cabernet sauvignon mûr, riche, aux arômes de cassis, de menthe, d’eucalyptus, de fruits noirs et rouges, d’une structure ample et riche. Un très beau vin… avec des grillades, des viandes en sauce ou un tartare de bœuf.
52 fr./www.coop.ch
Paru dans le amgazine encore!, supplément lifestyle du Matin-Dimanche, le 4 octobre 2011.
©www.thomasvino.com