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Posté le 21 octobre 2012 dans Tendance

Millésime 2012? Hautement sélectif!

Millésime 2012? Hautement sélectif!

Coup de sonde après-vendanges

2012, périlleux millésime

Attaqué par le mildiou et l’oïdium au printemps, le vignoble romand a dû faire face à des pluies intermittentes au moment des vendanges. En vue, un millésime moyen, rappelant le 2007, agité durant l’année et sauvé (relativement) par un bel automne. En Europe et en Suisse. Coup de sonde.
Pierre Thomas
On se gardera de généraliser. L’année 2012 s’inscrira comme celle du vigneron, avec une grande hétérogénéité entre ceux qui ont bien, et moins bien, travaillé à la vigne. La précision des traitements au printemps dépendait beaucoup de la mécanisation possible ou non, La Côte vaudoise étant avantagée par rapport à Lavaux, par exemple. Certains vignerons ont perdu une partie de leur future récolte en été. Puis les vendanges ont avantagé ceux qui étaient les mieux organisés, capables de mobiliser des équipes en peu de temps, pour récolter le raisin entre deux averses et trier les grappes dans la vigne.
Pas que des grands millésimes!
Pas facile, dans ces conditions, de résumer un millésime qui se révèlera dans quelques mois et dans le verre. Souvent, les vignerons sont comme les chats: ils font le gros dos, sachant qu’ils doivent bien retomber sur leurs pattes!
Il faut donc sonder ceux qui, d’habitude, visent la haute qualité à la vigne et en cave. Samedi 13 octobre 2012, l’œnologue Bernard Cavé (à gauche sur la photo) et le vigneron Philippe Gex, faisait une petite fête pour marquer la fin des vendanges, dans leur cave d’Aigle.

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Pour Bernard Cavé, «il ne peut pas y avoir que des grands millésimes! Je suis satisfait des raisins rentrés, avec un peu moins de sucre qu’en 2011, mais une maturité phénolique légèrement supérieure. L’an passé, nous avions eu des coups de chaud en septembre, nous obligeant à cueillir le raisin ; cette année, malgré la pluie, le raisin a pu mûrir jusqu’au bout et, grâce aux nuits fraîches, il n’y a presque pas de pourriture grise. Nous avons commencé les vendanges le 1er octobre et presque fini aujourd’hui. Ce samedi, il y avait 35 personnes dans la vigne, sous les ordres d’un chef cueilleur qui veillait au grain. On a mis le paquet avant de nouvelles pluies !»
Histoire d’en faire… du bon en Valais
En Valais, avec un coup de foehn favorable, on a vendangé même le dimanche, ce qui ne s’était plus vu depuis vingt ans… James Paget, du domaine Histoire d’Enfer à Corin sur Sierre résume le défi laissé au vigneron : «On a vendangé en trois phases. La première, fin septembre, début octobre, où tout s’est bien passé. Puis un deuxième tiers, où il a fallu cueillir les grains de peur que la pourriture s’installe. Enfin, le troisième tiers, avec les cépages de dernière époque (humagne rouge, cornalin). La pluie ne leur a pas fait de bien : on a perdu de la richesse en sucre et en arômes mais, heureusement, la peau des raisins n’a pas lâché. C’est indéniablement un plus petit millésime… Mais nous sortons de trois années exceptionnelles, 2009, 2010 et 2011, où le temps automnal fut splendide en Valais.»
Attendre pour juger le vin
Comme les vendanges vont se poursuivre jusqu’à fin octobre, la vinification s’étalera un peu plus dans le temps. Et il faut toujours juger le vin, verre en main! Après des 2011, année d’abondance et de qualité, souvent encore en stock, sinon chez le producteur, du moins chez les intermédiaires et dans le commerce, il n’y aura aucune urgence à boire les vins du millésime 2012.
Comme l’an passé, où le Valais avait tardé à annoncer les résultats de la vendange, plus importante que les années précédentes, les chiffres exacts tomberont tard. On saura alors si les quelque 10% d’excédent de récolte 2011 (comme constaté en Europe) par rapport à la consommation annuelle en légère baisse auront été compensés par une vendange 2012 moins «lourde». Sachant aussi que le droit fédéral permet de couper les vins blancs et rouges à hauteur de 15%, pour le millésime (15% de 2011 dans le 2012). Dans certains cas, l’apport du 2011 pourrait même s’avérer qualitatif.
Dans le vignoble vaudois, cette année, les baies de chasselas dépassaient les 3 grammes, alors que le pinot noir ou le merlot présentaient des baies autour de 2 grammes. Finalement, à cause de la pluie qui a gonflé le chasselas, le résultat de la vendange en blanc pourrait être proche de 2011, en quantité. Et la Fédération suisse des vignerons a maintenu sa revendication d’obtenir 15 millions de francs de la Confédération pour alléger le marché, trop lourd de quelque 10 millions de litres, du moins avant les vendanges, en vin chasselas de Suisse romande (Genève, Vaud) et en vins rouges d’entrée de gamme du Valais (pinot noir, goron, dôle).

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Souper de fin de vendange, chez Bernard Cavé (au centre) : la soupe aux légumes fume depuis le matin!

Paru dans Hôtel et Tourisme Revue du 25 octobre 2012.