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Posté le 6 janvier 2005 dans Vins français

Côtes-du-Rhône — Un Lausannois propriétaire à Châteauneuf-du-Pape

Côtes-du-Rhône — Un Lausannois propriétaire à Châteauneuf-du-Pape

Les gigondas et châteauneuf
de Pascal Roux
Rencontre avec ce producteur, qui signe, à Gigondas et Châteauneuf-du-Pape, des vins entre modernité et tradition, et qui a choisi la Suisse romande pour s'établir.
Par Pierre Thomas
Ah la mode! Qu'en son nom, tant de crimes sont commis. Les vins n'y échappent pas. Au point qu'aujourd'hui, l'amateur ne peut plus se contenter d'étiquette. Ni de terroir, ni de cépage. C'est l'homme qui fait le vin. Pascal Roux le rappelle, à Reverolle, chez Pierre Muller, qui le distribue aux particuliers, en Suisse romande*. Avec 15 hectares à Sablet, 22 ha à Gigondas et 25 à Châteauneuf-du-Pape, ce jeune homme de 42 ans est à la tête d'un petit royaume familial.
Trois catégories
Lors de notre récent passage à Gigondas (reportage dans Vinum — à lire sur ce site!), nous ne l'avions pas rencontré. Sans doute était-il déjà prêt à s'installer aux portes de Lausanne, d'où il gère un patrimoine familial où le vin ne représente qu'un faible pourcentage. Peut-être, aussi, sommes-nous tombés dans le piège gustatif qui veut que nos papilles réclament des vins puissants, tanniques, très extraits, de garde. Comme le résume Pascal Roux, on trouve de tout cela à Gigondas: des vins boisés, comme ceux d'Yves Gras (Santa-Duc) ou de Louis Barruol (Saint-Cosme), des vins traditionnels, issus de raisins non éraflés, tel Raspail-Ay, et d'autres qui misent sur l'éraflage et le pigeage, comme Les Pallières (domaine qui vient d'être racheté par Daniel Brunier de Vieux-Télégraphe et leur importateur américain Kermit Lynch).
A Gigondas comme à Châteauneuf-du-Pape, les vins des Roux appartiennent à cette dernière catégorie. «On est un poil trop élégant!», s'exclame le propriétaire en goûtant un Les Sénéchaux 98, «brut de cuve». Sur ce domaine repris en 93, replanté et réencépagé à raison de 70% de grenache, 20% de syrah et 10% de mourvèdre, ce beau millésime se traduit par une matière suave, des tanins du raisin encore en dissonance avec ceux du bois, et une longueur suffisante. Pascal Roux y voit même trop de bois et pas assez de rustique: «J'aime bien le rustique, ajoute-t-il, mais je crains l'assèchement. Peut-être faut-il travailler sur l'éraflage.»
Erafler, mais comment?
Grande question qui secoue toujours les côtes-du-rhône au moment des vendanges: le grenache, la syrah et le mourvèdre supporteront-ils d'être mis à cuver avec le pédoncule, plus ou moins mûr? A Gigondas, au Château du Trignon, le grand-père et l'oncle de Pascal Roux avaient tranché, au début des années 70: ils mettaient leurs grappes entières en cuves, genre macération carbonique à la beaujolaise. Résultat: un vin bien plus léger que la majorité des gigondas, et de pâle réputation. Le 95, avec 40% de «carbonique» révèle aujourd'hui des arômes de jus de viande, floraux aussi, avec des tanins fondus, un bon soutien acide, sur des arômes de biscôme et d'herbes de Provence. Le 96, par opposition et par retour à l'éraflage-pigeage, est plus tannique, plus fermé, plus prometteur, tandis que le 97, millésime à la fois «mouillé» et bien mûr peut se boire, et le 98 se garder, à la fois fruité (pruneau), déjà un peu réglissé, d'un volume tout-à-fait respectable, long en bouche et aux tanins notables. Dès 99, le rythme de pigeage sera, du reste, étendu, de par l'achat d'un système mécanique…
S'il est une question à laquelle, à Châteauneuf comme à Gigondas, Pascal Roux tient à apporter une réponse nuancée, c'est celle de l'élevage en fûts. Pas barriques, plutôt foudres de 150 hectolitres: depuis cinq ans, les deux domaines en reçoivent un par an. Et, mieux encore que le demi-muids (600 litres), usité dans les côtes-du-rhône septentrionales, ce contenant paraît convenir à des vins «charnus et élégants». Une sorte de voie médiane entre la tradition de vieille futaille et la tendance barrique. Elle permet aussi aux vins de respirer plus jeunes. A Gigondas, une génération de jeunes producteurs se livre à de multiples expériences. «Gigondas évolue plus vite, et dans le même sens, que Châteauneuf-du-Pape où toutes les philosophies se confrontent». Et, depuis les bords du Léman, Pascal Roux lorgne vers le Piémont. Il y retrouverait les mêmes débats, le nebbiolo remplaçant là-bas le grenache identitaire.

*Les vins de Pascal Roux sont importés par Pierre Muller, Cave de Reverolle, 1128 Reverolle, tél. 021/800 58 70

Chronique parue dans 24 heures, Lausanne, en 2000.