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Posté le 10 mai 2006 dans Vins suisses

Neuchâtel — Les vins d’Expo02 tournent au vinaigre

Neuchâtel — Les vins d’Expo02 tournent au vinaigre

Pas d'exclusivité pour les crus locaux
Les vins d'Expo.02
tournent au vinaigre

Neuchâtel voulait faire découvrir ses vins. Onze autres régions sont appelées en renfort. Grogne sur les coteaux.
Au départ, les vignerons des quelque 1200 ha entre Bonvillars et le lac de Bienne, en passant par Neuchâtel et le Vully, pouvaient espérer profiter de l'exposition comme d'une vitrine de leurs produits. De compromis en compromissions, l'affaire tourne au vinaigre. Elle porte sur un million et demi de bouteilles qui pourraient être bues dans le périmètre de l'Expo.
Coûteuse licence
Dans un premier temps, les organisateurs ont vendu une licence à Garnier Vins. A la tête de ce commerce, Jean-Pierre Mürset, 59 ans, qui a l'avantage d'être «du coin». Il imagine de distribuer, sous une étiquette «de sorte», des vins d'assemblages, en rouge, blanc et rosé, des quatre régions. Ce sera la «Cuvée Expo», soit le vin officiel des arteplages, estimé à 300 000 litres, et mis en bouteille chez Garnier. Ensuite, pour valoriser les producteurs régionaux, la «Réserve du vigneron» voit le jour. Moyennant un package à 3 francs, comprenant l'étiquette officielle, la bouteille, le bouchon et le carton d'emballage, les vignerons peuvent commercialiser des vins labellisés Expo.02. Sur les 3 francs, grosso modo, 2 francs reviennent à Garnier, pour la licence.
Finalement, l'automne passé, les autres régions viticoles se poussent au guillon: les plus gros producteurs vaudois, valaisans, genevois et zurichois, sans compter ceux de huit autres cantons, obtiennent le droit d'embouteiller un «vin des cantons», sur les mêmes bases. L'argument massue: ces bouteilles seront servies lors des journées officielles de chaque canton. Car on verrait mal l'officialité valaisanne boire autre chose que du fendant ou de la dôle! L'édifice ne convainc, aujourd'hui, pas grand monde. D'abord, les vignerons qui devaient livrer les assemblages se sont empressés de se débarrasser de leurs fonds de cuve. «Nous avons recalé les trois quarts des échantillons à la première séance», se souvient Yves Dothaux, un des experts-oenologues désignés…
Concurrence dommageable
Ensuite, certains vignerons neuchâtelois, comme Thierry Grosjean ou Jean-Pierre Kuntzer, ne voient pas l'intérêt de mettre leur vin dans un flacon standard – vendu de surcroît plus cher pour récupérer les royalties. Enfin, à Bonvillars, l'oenologue de la Cave des viticulteurs, Jacques Gex, déplore les cuvées des cantons: «Nous aurions pu fournir plus de vin de notre région. Et si le choix est plus large pour le consommateur, le côté découverte des vins des trois lacs sera estompé.»
Le seul qui s'en sort bien, c'est le Neuchâtelois Jean-Marie Mauler. Il a tiré 100 000 bouteilles de mousseux d'une «cuvée officielle Expo.02». «Nous diffusons le seul mousseux présent, champagne compris, sur les arteplages», se félicite-t-il. Lui aussi paie ses royalties à Garnier. «Depuis Swissair et le 11 septembre, il y a un regain d'intérêt pour les produits suisses et Expo.02», constate-t-il.
Alors, peu importe le flacon régional, pourvu que l'ivresse soit nationale. Et la cuite, fédérale.

Paru dans dimanche.ch au printemps 2002.