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Posted on 30 avril 2026 in Tendance

Vinitaly 2026 — Un giro d’Italia en blanc

Vinitaly 2026 — Un giro d’Italia en blanc

Le Giro d’Italia cycliste (8 au 31 mai 2026) va s’élancer (de Bulgarie!) ces prochains jours. Et le maillot du leader est rose, de la même couleur que le papier de son sponsor principal, la Gazzetta dello Sport. Un titre qui fête cette année ses 130 ans. Peut-être qu’un jour, je ferai un tour d’Italie des rosés. Après les spumante (et pas seulement le prosecco, succès mondial !), les rosés sont en progression dans toute l’Italie. Comme, du reste, les blancs. A Vinitaly (12 au 15 avril), à Vérone, j’ai zigzagué entre les pavillons pour en découvrir quelques uns.

Par Pierre Thomas

Le bon cépage au bon endroit

L’adéquation terroir-cépage garde plus que jamais tout son sens en Italie, fière de ses 500 cépages. A commencer par le timorasso, dont j’avais parlé sur ce site qui est de Derthona, à l’ouest du Piémont et au sud d’Alessandria. Derthona ? C’est le nom latin de Tortone, là où le campionissimo Fausto Coppi rendit son dernier soupir, à l’hôpital, le 2 janvier 1960, d’une malaria mal diagnostiquée ou mal soignée, comme le rappelle une jolie biographie publiée ce printemps par la Gazzetta dello Sport. Il n’avait qu’un peu plus de 40 ans… Un domaine viticole porte encore le nom de sa fille, et produit un très bon timorasso.

Je pourrais parler encore de l’erbalucce, dont j’ai trouvé, à Orta, dans un nouveau petit bar à vin, un exemple particulier. Ce cépage du Nord du Piémont, où il est obligatoire dans le blanc local, n’a droit à son nom qu’à Caluso ! J’en ai dégusté une version sèche et tranchante, tirée d’amphores (modernes !) enfouies dans le lac de Viverone, la Piroga, qui bénéficie des conseils d’un œnologue aussi discret que fameux, Donato Lanati.

De Lugana au cœur de la Sicile

A Vinitaly, à Vérone, pour me faire le palais, j’ai dégusté une série de Lugana, une appellation partagée, sur le lac de Côme, entre la Lombardie et le Veneto. Des vins du cépage turbiana, vifs, pour la plupart modernes et faciles à boire, sans malo, mais aussi quelques uns avec. De ce premier set, j’ai bien apprécié le 010 (2024) de Bulgarini, vif et acidulé ; jouant sur l’acidité et l’amertume, le 2024 de base de Selva Capuzza ; et le 2025 d’Arciera, au nez discret, mais à la bouche puissante et grasse, due à l’élevage sur fines lies

Puis je me suis fait happer dans le pavillon sicilien dans deux masterclasses. L’une sur la région de Contessa Entellina, où un aimable (parce qu’avec une pointe de sucre, me semble-t-il…) grillo 2025 et un plus sérieux catarrato Liola 2024, un IGP terres siciliennes (et non de l’Etna !), fruité et juteux. Le blanc que j’ai préféré était un zibibbo sec, Cuntacunti 2025 de Leonarda Tardi, avec une très légère note de rose, du peps, et une pointe de salinité en finale et non d’amertume, le marqueur des vins aromatiques.

Contessa Entellina est aussi l’endroit où se situe la cave principale de Donnafugata. Du zibibbo, soit du muscat d’Alexandrie, de l’île de Pantelleria, cet excellent producteur tire le plus impressionnant des vins liquoreux italiens, le Ben Ryé. Le 2020 tient toutes ses promesses, avec des notes de cognac, à la fois riche et complexe, et d’une somptueuse longueur : c’était le point d’orgue logique d’une dégustation de vins doux siciliens, où j’ai apprécié les notes safranées du ZY (zibibbo, bien sûr !) 2021 de Fazio, du Najm 2023, une malvasia de la Tenuta de Colosi, au nez de pâte d’amande et de fleurs blanches, et au volume engageant, marqué par des notes de pâtisserie (dont les Siciliens sont champions !) et la Malvasia delle Lipari 2024, de la Tenuta Castelllaro, au nez de coing et de kumqat, mais aussi à la finale crémeuse, trahissant encore l’élevage, deux caves que j’ai visitées, sur les îles de Salina et de Lipari.

De la Vallée d’Aoste au Sud de la Botte

Petit détour, ensuite, par la Vallée d’Aoste, pour se rincer le gosier, avec une très jolie petite arvine (cépage importé du Valais, oui, oui !), de l’Institut agricole régional, 2025, fraîche, bien typée grapefruit, à la structure enrobée (8 grammes de sucre). Puis un muscat 2024 (à petits grains, cette fois !), sec, de Laurent Théodule, au nez bien typé de rose, avec des notes de lavande. Puis un cépage du cru, où il donne le «blanc de Morgex La Salle», en français sur l’étiquette, en l’occurrence le prié blanc 2025 d’Ermes Pavese, un vin tendu comme un câble de téléphérique du Mont-Blanc, jouant à fond sur le rapicolant de la dualité acide-amer… Une fraîcheur de glacier !

Et j’ai terminé par la masterclasse du journaliste Paolo Massobrio sur les «nouveaux cépages» italiens. Pas moins de neufs vins blancs sur treize exemples de ces «vins du futur». J’ai bien aimé la coccociola des Abruzzes, 2025, de Tenute Ulisse, au nez d’abricot et de pamplemousse rose, d’un joli volume, comme du reste ce torbato sarde 2025, Poderi Perpinello, avec sa finale délicatement épicée sur le curry doux. Ensuite, le discret et légèrement anisé palagrello 2024, de Lisandro, en IGT Lancella Terre del Volturno, évidemment moins aromatique que le muscaté pecorello 2025, d’Ippolito 1845, en Calabre, belle réussite, avec ses notes d’ananas, et sa fraîcheur finale. Glissé parmi ces raretés, l’impressionnant carricante Pietra Marina 2021 de Benanti, né à 900 mètres d’altitude dans les laves de l’Etna, encensé comme l’un des plus grands blancs italiens, aux notes «volcaniques», comme il se doit… Et qui montre que ce blanc à la mode tient dans le temps.

Du «nouveau» Piémont et en Lombardie

Deux curiosités ensuite. D’abord, au Piémont, dans le Monferrato, cette petite Toscane du Nord, le baratuciat 2021 d’Enrico Duretto , au nez de foccacia au feu de bois, à la fois pêche de vigne et mentholé en finale. Paolo Massobrio a été le premier à parler de ce vieux cépage retrouvé sur un seul cep tiré en longueur (une topia) et lui prédit un avenir «similaire au timorasso». Une trentaine de vignerons s’y intéresseraient déjà… Et puis ce curieux nom qui rime avec aromate, l’erbamat, admis depuis 2017 à hauteur de 10% dans les spumante de Franciacorta. Jusqu’ici, ces beaux mousseux en «méthode traditionnelle» (comme en Champagne, donc) ne toléraient que le pinot noir, le chardonnay et une goutte de pinot blanc. Pour déjouer le réchauffement climatique de la région des lacs lombards, il faut désormais un raisin «plus acide que le chardonnay». Le voilà donc, vinifié en purezza par la maison Berlucchi, à base de 15% d’une réserve perpétuelle de cinq millésimes (2012 – 2016) et le reste en 2017. Bien structuré et prometteur ! «Une grande et belle nouveauté», salue le journaliste italien.

Vous avez dit oxydé ?

Pourquoi les vins blancs reviennent-ils à la mode ? Par goût de la fraîcheur (surtout à la température où ils sont servis…), par la sensation immédiate de déceler au nez 90% des arômes qu’on retrouvera en bouche (il suffit de penser au muscat…). Mais aussi parce que l’œnologie a fait des progrès, grâce à l’utilisation du froid (capital dans un pays chaud… et toute l’Europe le devient !) ou d’autres astuces en cave, pour éviter un défaut rédhibitoire sur les blancs : l’oxydation.

Le clou, ou le pied de nez, de cette dégustation fut, précisément, un vin à l’oxydation ménagée. Venue de Sardaigne, la vernaccia di Oristano Antico Gregori 1991 de Contini est un chef-d’œuvre. Caramel, curry, écorce d’orange se bousculent au nez comme en bouche. La bouche rappelle un xérès, bien sec. Pourtant ce vin n’est pas muté : s’il affiche 19% d’alcool, c’est seulement par évaporation. Elevé «sous voile» en petits fûts, il l’est comme le vin andalou, en solera, soit en pyramide de petits fûts différents millésimes (15% de vieux vins et le solde de l’année mentionnée sur l’étiquette). Vin d’avenir ? Pas sûr. Mais d’exception, certainement !

Et voilà : seize cépages blancs italiens cités en deux petites pages. Honnêtement, combien en aviez-vous goûté ?

Pierre Thomas

Chronique publiée initialement par le blog les5duvin.

©thomasvino.ch